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L’Afrique: la difficile quête de la reconnaissance internationale

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gerbamalam_p3Pourquoi l’Afrique peine-t-elle à trouver la place qui lui revient sur la scène internationale? Une partie de la réponse nous est fournie par l’histoire. D’abord, à la conférence de Berlin (1884-1885), les pays européens s’étaient réunis pour énoncer les règles de partage de l’Afrique entre eux. L’Afrique, dont le sort était en jeu, n’avait pas été invitée à cette rencontre. Pas plus qu’elle ne fut présente à la conférence de Bretton Woods de juillet 1944 où virent le jour la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ployant qu’elle était déjà sous le joug de la colonisation. Elle fut également exclue de la conférence de Dumbarton Oaks à Washington (du 21 août au 7 octobre 1944) où fut élaboré le projet de l’Organisation des Nations Unies, qui octroyait aux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale une place permanente au conseil de sécurité et le désormais très célèbre droit de veto. Rien de surprenant donc que la grande majorité des pays africains, devenus indépendants à la fin des années 50 et 60, se soient retrouvés projetés dans un monde où les règles du jeu avaient été définies par d’autres. C’est dans ce contexte difficile et inadéquat qu’ils ont dû se frayer un chemin, mais le prix à payer pour toutes les « absences » aux grands rendez-vous de l’histoire sera très élevé. La marginalisation de l’Afrique dans l’économie mondiale en est un bel exemple. Ainsi, selon le rapport 2010 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la part de l’Afrique dans les exportations mondiales reste la plus faible (3 % en 1990 comme en 2009). Et encore : ses exportations sont constituées à 80% de pétrole, de minerais et de produits agricoles!  De même, le flux des investissements directs étrangers (IDE) qu’elle reçoit, est très limité (3,1% des IDE mondiaux) et surtout dirigé vers les ressources naturelles (minéraux, pétrole, gaz, etc.).

Pour sortir de cet isolement intenable, l’Afrique tente aujourd’hui, sur le plan interne, de rassurer et d’attirer plus d’investisseurs en améliorant son environnement des affaires. À l’extérieur, elle se bat plus que jamais pour être présente là où les décisions sur la marche du monde se prennent. Pour le moment, elle n’a qu’une place dans le G20 (Afrique du Sud). À la faveur de la démission en 2011 du directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, elle n’a pas hésité à présenter un candidat pour le remplacer. Chose impensable il y a  quelques années. Ce n’est pas tout. Elle veut diriger la Banque mondiale. Sa candidate, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, est sur la « short list ». Enfin, depuis plus d’une décennie, elle réclame la réforme du Conseil de sécurité afin qu’elle puisse y avoir deux sièges permanents avec droit de veto!

Ces revendications de l’Afrique sont-elles purement symboliques ou ce continent a-t-il des arguments pour obtenir gain de cause? Avec un milliard d’habitants, l’Afrique représente aujourd’hui 16% de la population mondiale. Elle contient une riche diversité de ressources naturelles, parmi lesquelles 30% environ de tous les minerais de la planète dont 40% de l’or, 60% du cobalt et 90% du platine. À cela, il faut ajouter 10 % des réserves mondiales de pétrole et 8% des réserves de gaz.

Toutefois, ces atouts font-ils le poids devant les autres forces en présence? Il y a d’abord le G8 qui regroupe huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et Russie.) Même s’il ne comprend que 13% de la population (contre 16% en Afrique), il produit 58% du PIB mondial (contre 2,6% pour l’Afrique).  Il y a aussi des ensembles économiques régionaux tout puissants. À commencer par l’Union européenne qui représente 25,85% du PIB  mondial en 2010 pour 8% de la population mondiale. Vient ensuite l’Accord de libre-échange nord-américain (États-Unis, Canada, Mexique), qui est en fait plus important que l’Union européenne puisqu’il a dans ses rangs un poids lourd, les États-Unis, qui produit à lui tout seul 25% du PIB mondial (soit l’équivalent de celui de l’Union européenne). Enfin, citons le Mercosur (Marché commun du Sud), regroupant plusieurs pays de l’Amérique du Sud, qui est considéré comme le troisième marché intégré au monde. Avec un pourcentage du PIB mondial presque semblable à celui de l’Afrique, il est parfaitement en droit d’avoir les mêmes prétentions sur la scène internationale.

Au vu de ce qui précède, on comprend que si l’Afrique veut s’imposer véritablement sur la scène internationale, il lui reste beaucoup de travail à faire. D’abord, elle a tout intérêt à se présenter unie à la table des négociations internationales, ce qui est loin d’être toujours le cas. Cette unité nécessaire passe par la création des États-Unis d’Afrique qui ne sont pas une utopie. Comme l’expliquait l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré, conférencier au Forum Africa 2009 à Montréal, « il ne s’agit pas d’effacer les États, mais bien d’effectuer plus de transferts de souveraineté à un organe fédéral qui serait exécutif, législatif et judiciaire ». Ensuite, l’Afrique doit accélérer son intégration économique. À l’heure actuelle, elle compte plus d’organisations régionales que tout autre continent, et la plupart des pays africains participent à plusieurs initiatives d’intégration régionale. C’est trop. Il s’agit donc d’aller au-delà de ces multiples groupements régionaux dont le manque de cohésion freine le processus de création d’un marché unique africain. Enfin, le continent africain doit profiter de ce qu’il est de plus en plus courtisé pour ses abondantes matières premières, notamment par la Chine et l’Inde, pour conclure une solide alliance avec ces grandes puissances émergentes qui pèsent lourd dans l’économie mondiale : 40% de la population mondiale, 27% du PIB mondial (40% en 2025), 60% de la croissance mondiale en 2015. Ces alliés l’aideront à coup sûr à atteindre son objectif tant recherché d’une reconnaissance internationale pleine et entière.

 

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