Il y a quelques années, la part de l’Afrique dans les flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE) demeurait faible et était tombée à certains moments à moins de 1%. La perception d’un risque élevé combinée à la faiblesse des institutions décourageaient les investisseurs et bailleurs de fonds étrangers. Pour renverser cette tendance, la plupart des pays africains ont engagé d’importantes réformes politiques et économiques.
La bonne nouvelle, c’est que ces efforts ont commencé à porter des fruits. Ainsi, dans le dernier Rapport de Doing Business 2009 publié par la Société Financière Internationale (SFI) et la Banque Mondiale et qui classe 181 pays dans le monde en fonction des facilités qu’ils accordent dans le domaine des affaires, la dernière année (juin 2007 à juin 2008) apparaît comme une année record pour l’Afrique en matière de réforme : 28 pays ont adopté 58 réformes qui facilitent la pratique des affaires -plus que toute autre année- et la région compte quatre des dix premiers réformateurs du monde dans ce domaine (le Sénégal, le Burkina Faso, le Botswana et l’Egypte). La plupart des pays réformateurs ont mis l’accent sur la facilitation de la création d’entreprise et la réduction des coûts d’importation et d’exportation.
Et les résultats sont là : d’après un rapport de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) sur les tendances en matière d’investissements, les IDE en Afrique ont doublé entre 2004 et 2006 pour atteindre un record de 36 milliards de dollars. En 2007, ces investissements ont encore augmenté pour atteindre 53 milliards de dollars, ce qui constitue un nouveau record. Les IDE restent concentrés sur le plan géographique. Les dix principaux pays de destination (Nigeria, Égypte, Afrique du Sud, Maroc, Libye, Soudan, Guinée Équatoriale, Algérie, Tunisie et Madagascar) ont absorbé à eux seuls 82% du total et neuf pays ont enregistré des IDE d’un montant égal ou supérieur à 1 milliard de dollars.
L’intérêt pour les ressources naturelles explique la répartition inégale des flux d’IDE à travers le continent. Les 24 pays africains qui, d’après la Banque Mondiale, tirent la quasi-totalité de leurs revenus du pétrole et d’autres ressources minérales, ont en moyenne obtenu près des trois quarts des flux d’IDE pendant les 20 dernières années.
Malgré des investissements en hausse, la part de l’Afrique dans les IED mondiaux est restée cependant de 3 % environ. Les sociétés multinationales des États-Unis et d’Europe sont les principaux investisseurs dans la région, suivis des investisseurs africains, en particulier d’Afrique du Sud. Les sociétés multinationales d’Asie ont principalement investi dans l’extraction et l’infrastructure pétrolières et gazières. Selon les prévisions, les entrées d’IDE devaient croître en 2008 « en raison du maintien de prix élevés sur les marchés de produits de base, des grands projets déjà annoncés pour cette année et des versements qui seront effectués au titre de fusions-acquisitions internationales précédemment conclues».
Quel crédit accorder encore à ces prévisions au moment où s’installe la crise financière internationale? Les prix des matières premières sont en chute libre et dans l’éventualité d’une récession à l’échelle internationale, l’assèchement du crédit et la chute prévisible de l’Aide publique au développement pourraient compromettre sérieusement cette quatrième année consécutive de croissance de l’IDE en Afrique. C’est la mauvaise nouvelle, car l’Afrique- la plupart des experts sont d’accord là-dessus- ne peut pas échapper à l’effet de contagion de cette crise. Et cela, pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une crise de financement. Si, déjà, les banques occidentales, pour des raisons de solvabilité, refusent de se prêter de l’argent entre elles, il y a de fortes chances qu’elles ne veuillent pas financer les banques africaines. Et si ces dernières ne peuvent pas bénéficier de ces crédits, elles se retrouveront dans l’incapacité de prêter à leurs clients (particuliers ou entreprises). Ensuite, de nombreux projets dépendent de fonds étrangers, notamment de l’aide au développement. Si déjà en période normale, les pays développés ont du mal à tenir leurs engagements en matière d’aide, sans doute qu’en temps de crise, comme le souligne bien l’économiste en chef de l’OCDE, Gijon Spalla, « ils auront encore plus de mal ». De nombreux projets vont probablement donc être suspendus. Enfin, les demandes en matières premières reculent. C’est un coup dur pour les pays africains producteurs qui vont devoir revoir leurs prévisions et leurs plans.
Quoi qu’il en soit, c’est une période d’incertitude qui s’ouvre pour les IDE en Afrique. Au mieux, le mouvement de hausse devrait ralentir du fait d’une pause des investissements importants dans le secteur pétrolier de plusieurs pays. La seule chance de l’Afrique, c’est que ses richesses naturelles et son marché suscitent aujourd’hui une grande rivalité entre les puissances (les pays occidentaux et les pays émergeants comme l’Inde et la Chine), ce qui lui donne de nouvelles marges de manœuvre et de nouvelles sources… d’investissement.
Gerba Malam

























