L’Afrique, cette possible Superpuissance

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J’avais répondu avec joie et humilité à l’invitation que m’avait faite la Chambre de Commerce de la RDC au Canada. C’était à Montréal, le 6 juillet dernier.

J’y prononçais un mot en compagnie de monsieur Charles Jean Ngoy wa Kassangana, ancien haut fonctionnaire des Nations Unies. Nous devions discuter du leadership économique de l’Afrique.

Je voudrais profiter de ce papier pour livrer l’essentiel de ma contribution à ce débat qui m’a paru particulièrement intéressant vu son caractère prospectif.

L’Afrique, un leader mondial aujourd’hui ?

Tenter de donner un point de vue sur l’avenir exige que l’on ait un minimum de connaissances sur le passé et le présent. Il est donc naturel de faire au moins un état des lieux sur la situation de l’Afrique.

Alors, que dire ?

Ça surprendrait sans doute plusieurs, mais aujourd’hui, l’Afrique fait un PIB de 2 000 milliards de dollars, ce qui est quelque peu supérieur à celui de l’Inde. Il est aussi supérieur à celui de la Russie, mais, attardons-nous sur le cas de l’Inde, car la taille de la population est relativement identique. L’Inde compte 1,2 milliard d’habitants contre un peu plus d’un milliard pour l’Afrique. Le PIB indien en 2011, d’après la CIA World Factbook, a été de 1843 milliards de dollars. Chacun le voit bien en Afrique comme en Inde, au fond, le niveau de richesse créé est similaire. Cependant, la place dans l’imaginaire collectif mondial qui est accordée à l’Afrique comparativement à l’Inde est quasi sans commune mesure. Peut-être parce que la façon de créer la richesse est différente, peut-être parce que l’un est un pays et l’autre un continent ou également parce que l’Inde a le feu nucléaire et l’Afrique non.

Parler de la puissance de l’Afrique revient également à parler de l’Afrique du Sud qui fait clairement parler d’elle dans les instances qui comptent, à tout le moins qui pourraient compter de plus en plus à l’avenir. L’Afrique du Sud est membre du G-20 et membre des BRICS. Rappelons que les BRICS, de nos jours, sont de plus en plus responsables de la croissance économique sur la planète. Leur influence sur les affaires du monde, nous dit-on, est appelée à grandir. Ces forums lui procurent donc une dimension d’influence et de puissance qui sont peu négligeables.

Du côté du softpower, le Nigéria aide le continent à compter. Il faut rappeler qu’avec Nollywood, le pays dirigé par Goodluck Jonathan est aujourd’hui dans le trio en termes de production cinématographique annuelle.

Demain, l’Afrique cette possible Superpuissance

Ces constatations effectuées, je voudrais maintenant exprimer mes convictions quant aux domaines dans lesquels l’Afrique peut jouer un rôle de leader ou, disons, de Superpuissance globale dans les toutes prochaines décennies. Je suis persuadé qu’avec les sacrifices à consentir, le volontarisme nécessaire, nous pourrions exceller et créer de la valeur ajoutée dans au moins 4 domaines.

L’Afrique : Superpuissance énergétique. Songez que, prenant l’exemple de la RDC, par son seul potentiel hydroélectrique, elle serait capable d’alimenter l’ensemble du continent en énergie électrique. Je ne vous ai pas encore parlé du potentiel solaire, de l’éolien, de la biomasse… L’étendue des imaginables à ce niveau est vaste puisque par rapport aux connaissances actuelles, l’Afrique a 10% des réserves prouvées de l’or noir et quelque 8% du gaz à l’échelle de la planète. Sont-ce juste des vœux ? Que nenni, il suffit de penser au mégaprojet DÉSERTEC situé du côté du Maghreb. Si l’Afrique réussit à déployer les infrastructures pour la pleine exploitation de ce potentiel, non seulement cela contribuera à renforcer sa capacité à créer de la richesse, mais elle pourra aussi exporter le surplus d’énergie produit, c’est d’ailleurs le cas en ce qui concerne DÉSERTEC.

L’Afrique : Superpuissance minière. Je l’ai écouté avec beaucoup d’attention et d’intérêt alors qu’il prenait la parole dans le cadre de la Rencontre internationale de la Francophonie économique. président de la Fédération des Entreprises du Congo, président de la Conférence Permanente des Chambres Consulaires Africaines et Consulaires, mais surtout, président de la GÉCAMINES (Générale des Carrières et des Mines), Albert Yuma Mulumbi est extrêmement imprégné des réalités économiques africaines. Il a repris à son compte, non sans rappeler que ces chiffres pourraient être beaucoup plus hauts, des données qui circulent ici et là. L’on estime que les ressources minières de la seule RDC sont évaluées à 24 trillions de dollars, soit douze fois le PIB continental actuel ! C’est plus qu’éléphantesque, c’est gargantuesque, gigantesque ! Notons qu’il ne s’agit là uniquement que des estimations réalisées à partir de ce qui est connu actuellement. L’Afrique qui détiendrait aujourd’hui, disent certains, 16% des ressources minérales mondiales, est largement inexplorée. Bref, que vous trouviez ces chiffres énormes ou pas, il est infiniment clair que le potentiel est vaste. Et naturellement, pour en tirer le plus grand bénéfice, l’État et les nationaux doivent être plus présents dans l’actionnariat et la transformation locale doit devenir banale. Là est le chemin pour une meilleure captation de la valeur ajoutée.

L’Afrique : Superpuissance agro-industrielle. Aujourd’hui, nous avons en Afrique 60% des terres arables non cultivées dans le monde. Alors que l’humanité comptera 9 milliards d’habitants en 2050, l’Afrique en aura 2, soit le double d’aujourd’hui. Même si ce n’est pas pour l’exportation, les besoins de consommation intérieurs de l’Afrique seront d’une telle grandeur qu’elle a intérêt à faire émerger une noria d’agro-industriels que l’on pourra qualifier de world class. Alors que beaucoup semblaient stupéfaits par ce discours qui est souvent taxé de « trop optimiste », je leur rétorquais que non seulement, c’est le même Dieu qui nous a tous crée – ou c’est une seule main qui a écrit le livre pour paraphraser Paulo Coelho – mais les exemples de transformation dans le monde sont légions. Le Brésil n’a pas toujours occupé la place qui est la sienne aujourd’hui dans l’agro-industrie.

(Mon rêve) L’Afrique : Superpuissance technologique. Il est évident qu’en regardant le nombre de brevets déposés chaque année, en scrutant les budgets des meilleures universités dans le monde ou encore les budgets des départements de R&D des entreprises dans d’autres continents et en les comparant aux nôtres, l’Afrique est à la traîne, et semble être à la marge du monde. Dans le même temps l’invention du Cardiopad par un polytechnicien de Yaoundé, l’ambition du Kenya de construire une ville technologique – Konza city – où l’on investira 7 milliards de dollars d’ici 2030 et où naîtra la Silicon Savannah – future Silicon Valley africaine – autorisent l’espoir. Qui plus est, notre appropriation du téléphone mobile et d’Internet, les usages que nous avons su en faire (télémédecine,  SMS banking, etc.) témoignent que nous savons utiliser les TICs pour notre développement. Si notre population qui est jeune et le restera très longtemps encore, sait utiliser la folie, l’audace, la fougue, l’envie de découverte et conquête, si caractéristiques de la jeunesse, pour créer et innover, alors, l’Afrique pourrait connaître des inventions qui changeront sa façon de produire, de créer de la valeur.

Mon sentiment, c’est que certains pays africains ont le potentiel pour devenir des Superpuissances planétaires. Le seul discours n’effacera pas les défis comme les infrastructures, la faiblesse des échanges intrarégionaux, la stabilité politique, le manque d’énergie…

Plus encore, devenir ces superpuissances exigera moult sacrifices. Saurons-nous les faire ? Accepterons-nous de les faire ?

Et entre nous, peut-on être puissants sans une puissance militaire conséquente… ?

  • Chambre de Commerce de la RDC au Canada

    ST avec le Président de la Chambre de Commerce de la RDC au Canada, M. Lawrence Lubalu-Kitoko

  • Chambre de Commerce de la RDC au Canada

    ST avec les participants

  • Chambre de Commerce de la RDC au Canada

    ST discourant

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