Le New York Forum Africa, le Gabon et le Nation branding

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Source : Présidence du Gabon

Là-bas s’élève le Mont Iboundji, c’est aussi à cet endroit que coule l’Ogooué, doté d’un nom dérivé de la langue portugaise comme nombre de pays en Afrique. Le Gabon – puisqu’il s’agit de lui – a fait couler beaucop d’encre et de salive à l’occasion de la tenue du New York Forum Africa (NYFA). Ce pays, qui a généré un PIB de 24,28 milliards de dollars en 2011, donne le sentiment de vouloir créer un Nation branding qui sera un levier pour l’attraction d’investisseurs qui l’aideront à émerger d’ici 2025. Seulement, les résultats sont-ils probants ?

2012 est indiscutablement une année où le pays dirigé par Ali Bongo Ondimba (ABO) aura bénéficié d’une visibilité exceptionnelle. Aimant les tribunes lui permettant de parler au monde économique, ABO, après le Times CEO Summit l’an dernier, s’est rendu au World Economic Forum Africa en mai 2012.

 

Du Nation branding gabonais

Ce fut une occasion pour le numéro 1 gabonais d’exprimer son point de vue et par le fait même, celui de la nation qu’il préside. Mais ce sont surtout la CAN (Coupe d’Afrique des Nations de football) et le NYFA qui ont sans doute offert les plus larges visibilités au pays qui a eu pour premier président Léon Mba.

Lors du Sommet Afrique-France de 2010 – ou France-Afrique, si vous préférez – le président Sarkozy avait dit que l’Afrique du Sud serait durant le mois de la Coupe, le pays-monde. Le paraphrasant, nous pouvons dire que les Gabon et Guinée Équatoriale ont été les pays-Afrique durant la plus grande compétition de football du continent africain. Ils ont attiré sur eux les caméras de toute l’Afrique, et dans une certaine mesure, du monde entier.

Mais c’est le pari économique derrière cet évènement sportif qui nous intéresse. Le gouvernement gabonais a voulu se servir de cet évènement pour faire valoir ses attraits touristiques. Selon le rapport publié par le COCAN (Comité d’Organisation de la CAN), « en termes de retombées presse pour le Gabon, la CAN aura aussi été exemplaire. On parle d’environ 1 500 spots tv diffusés sur quatorze chaînes leader sur leur segment avec plus de 150 millions de spectateurs touchés par la promotion du Gabon. »

Le gouvernement gabonais a également investi dans la construction de diverses infrastructures et modernisé plusieurs services. Ce sont au total 370 millions d’euros ont été dépensés par l’État gabonais au titre des équipements pour la CAN 2012. Selon le même rapport, « 6 hôtels nouvellement construits auront également servi à l’instar de l’hôtel d’Angondje, de l’hôtel de Nzeng-Ayong qui accueille désormais la fondation Samuel Eto’o, de l’hôtel Mbaya à Franceville, des complexes Héliconia de Bongoville, Moanda et Ngouoni. L’ensemble de ces infrastructures ont pu être livrées grâce au travail de supervision et de coordination de l’ANGT (Agence Nationale des Grands Travaux, ndlr). »

Le New York Forum Africa, de son côté, en rassemblant plus de 600 décideurs économiques, financiers et politiques, venant du monde entier, a permis au Gabon, d’être pendant trois jours la capitale de la réflexion économique du continent noir. Y ont afflué plusieurs des meilleurs spécialistes des questions de développement et d’économie internationale. L’évènement a connu un tel succès que quelques jours avant sa tenue, l’on indiquait que l’on ne pouvait plus s’inscrire.

La visibilité médiatique – il faut dire que TV5, Euronews, Vox Africa ou le Financial Times étaient partenaires de l’évènement, dont a bénéficié le Gabon – est de nature à le positionner comme une destination d’affaires.

Une stratégie nécessaire et pertinente…

Bien que les efforts pour atteindre ce stade soient longs et nécessitent une gamme de changements – amélioration du Doing Business au Gabon par exemple –, il faut signaler que ce genre d’opérations, de mon point de vue, vaut pleinement le coup. Ceci, pour au moins trois raisons.

Dans un premier temps, il me paraît évident que pour « vendre » des atouts, promouvoir des opportunités d’affaires, il faut créer des occasions propices, des moments où les décideurs peuvent se rencontrer. Le NYF Africa, en ce sens est tout à fait à propos.

Ensuite, au moment où la plupart des pays africains, à tout le moins plusieurs d’entre eux, disent vouloir émerger, n’y a-t-il pas lieu de se positionner comme une destination privilégiée pour les affaires ? Alors que l’on revendique nombre d’atouts comparables aux voisins, ne doit-on pas essayer de se démarquer ? De faciliter leurs démarches de prospection en les accueillant chez nous ?

Enfin, ces évènements, il faut le savoir, ont naturellement aussi une incidence diplomatique. Ils visent aussi à indiquer la place que le pays entend jouer dans sa sous-région et à l’échelle africaine. D’ailleurs, dès son discours d’ouverture, Ali Bongo plantait le décor en disant ceci : « […] Notre patrie, terre d’accueil, doit rester un modèle pour l’Afrique par : la défense et l’amélioration de notre rang en Afrique ainsi que notre place dans le monde moderne ; […] »

… Mais rentable ?

Chacun peut donc en convenir : le Nation branding est nécessaire et pertinent pour se positionner comme une destination d’affaires, pour promouvoir ses atouts, se différencier des autres ; seulement, est-ce rentable ?

C’est là où le bât blesse. Organiser cet évènement aurait coûté cher – certains avançant le chiffre de 7 milliards de FCFA, somme qui semble inimaginable pour un évènement de cette taille.

Du coup, plusieurs, sans doute même la vaste majorité de la population, se demande si cela valait la peine que le gouvernement s’implique dans pareille aventure. L’argent n’aurait-il pas pu être dépensé ailleurs ?

À cette question, le gouvernement répondrait sans doute que plusieurs contrats ont été signés dans les domaines suivants : logement, infrastructures, l’énergie, l’eau, mines et finances.

Là encore, certains y verront des insuffisances, ils voudront savoir s’il y a des joint-ventures qui accompagnent ces projets, ils se demanderont, combien d’emplois seront générés par ces contrats et même tout simplement à quelle date passera-t-on effectivement à la mise en œuvre réelle et complète de ces projets annoncés.

Afin que ces opérations de charme, ces actions marketing soient perçues comme réellement bénéfiques, il est absolument nécessaire qu’elles produisent des résultats concrets que la population sera capable de sentir.

Sinon, ce seront simplement des images époustouflantes, une petite noria de Gabonais qui en profitera et le peuple chantera sans fin comme Dalida : paroles, paroles, paroles, encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots…

serge_tchaha Serge Tchaha

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