La diaspora a souvent fait l’objet de houleux débats au sein du continent. Alors que plusieurs voient en elle, une bande de bavards et autres poltrons qui ne savent jaspiner à tort et à travers qu’une fois qu’ils ont traversé leur pays d’origine, d’autres, au contraire, affirment qu’elle joue et jouera un rôle prépondérant pour l’émergence du continent d’Aliko Dangote.
Qu’en est-il réellement ? Avant de donner ma propre opinion, listons, puisqu’ils sont têtus, un certain nombre de faits économiques les plus à jour relativement à cette diaspora africaine.Une contribution notable et résiliente…
La Banque Africaine de Développement (BAD) et la France ont, en février dernier, pris part à un séminaire qui portait sur les transferts d’argent des migrants. Organisée par le ministère de l’Économie français, cette activité s’est déroulée à Paris, précisément au Centre de conférences Pierre Mendès.
En 2011, la BAD, une fois de plus, en partenariat avec la Banque Mondiale (BM), livrait un rapport intitulé « Diaspora for development in Africa ».
La consultation de divers documents produits à la suite de ce séminaire et de ce rapport montre de façon très claire que les transferts des migrants sont d’une grande importance pour le développement du continent. Dans son allocution, le ministre français chargé de la coopération, Henri de Raincourt, signalait que les transferts de migrants pour l’ensemble des pays en développement s’élevaient à 351 milliards de dollars en 2011. Les experts, nous prévenait-il, tablent sur 400 milliards en 2014. L’on estime qu’en 2010 les transferts des migrants africains s’élevaient à 30 milliards d’euros – soit, environ 40 milliards de dollars. Le Vice-président opérations sectorielles de la BAD, M. Kamal Elkheshen, complétait avec ces propos : « Ce chiffre déjà conséquent, ne représente pourtant que les montants enregistrés officiellement. Il ne comprend pas les montants de transferts de la moitié des pays africains qui ne disposent pas encore de données régulières et fiables, ni les montants transférés par les canaux informels. Le montant réel de ces transferts est sans nul doute beaucoup plus important.
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LES ENJEUX DU TRANSFERT DES MIGRANTS
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Une autre force de ce transfert est sa résilience. En fait, il est même selon des études contracyclique. Autrement dit, plus un pays est dans une situation difficile, plus sa diaspora
voudra aider, voudra participer à adoucir les souffrances et douleurs. À ce sujet, Henri de Raincourt a été éloquent : « Le flux est continu, il résiste aux sécheresses, aux inondations, aux séismes, aux crises politiques. Et en réalité, ils font beaucoup plus. Toutes les études montrent que les montants peuvent augmenter lorsque la situation politique ou économique s’aggrave. Dans l’ensemble, en temps de crise, les transferts d’argent des migrants résistent mieux que les autres flux financiers. ».
… qui participera à l’émergence
Au-delà de ces transferts qui ont clairement des incidences sur les économies africaines, il y a une capacité de cette diaspora à aller encore plus loin. En premier lieu, c’est l’aspect culturel qui nous vient à l’esprit, c’est certes intéressant, mais je ne l’aborderai pas ici. Je voudrais plutôt insister sur l’économico-financier et m’attarder sur le capital social ainsi que l’expertise que les membres de la diaspora installée hors Afrique peuvent apporter.
Je reprends à mon compte un extrait d’un éditorial daté de 2007 – intitulé : Le procès injuste de la diaspora africaine – de notre directeur de la publication, Gerba Malam. Il disait « Les Africains de la diaspora effectuent, dans certains cas, un lobbying efficace dans leur patrie d’adoption pour la défense de la cause africaine. […] la bataille des médicaments génériques et l’accès à la trithérapie dans le cas du SIDA ont bénéficié d’une campagne intense relayée par la diaspora ».
La diaspora africaine épargnerait chaque année l’équivalent de 53 milliards de dollars, nous dit-on dans le rapport préalablement cité. N’y a-t-il pas lieu d’imaginer des voies et moyens pour attirer cet argent dans des projets de développement porteurs ?
La bi-culturalité qui constitue une de leurs particularités fait des migrants africains d’excellents ambassadeurs dans les pays où ils sont établis. L’Afrique a besoin de capitaux, d’investisseurs, ils sont bien placés, pour parler de cette Afrique-là, mais surtout d’y accompagner, souvent d’ailleurs en s’appuyant sur leurs réseaux de contacts de leur pays d’origine, les entrepreneurs désirant faire des affaires en Afrique.
De plus, le savoir, le savoir-être [pratiques d’affaires] et le savoir-faire qu’ils ont acquis ailleurs, sont de nature être valorisés. Il faudra trouver une façon de s’en servir pour mieux commercer avec les autres pays et continents dans le monde. Recruter aussi au sein de la diaspora peut-être une solution pour rendre les entreprises africaines plus compétitives. Et il le faudra, tellement la compétition s’annonce rude et il n’est pas toujours certain que les États africains soient stratèges.
En fait, la BAD ne s’y trompe pas en mobilisant ses ressources pour comprendre cette diaspora et évaluer comment cette dernière pourrait participer au mieux au développement du continent, car, au vrai, elle en sera forcément un acteur-clé. D’ailleurs, les chiffres présentés plus haut ne montrent-ils pas déjà sa puissance ?
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Serge Tchaha 




