Serge Tchaha - Le Centre d'observation économique et de recherche pour l'expansion de l'économie et le développement des entreprises (COE-REXECODE) a commis un document de travail intitulé : «Perspectives pour le continent africain – Futur géant économique ou non ? ». On y retrouve plusieurs grandes tendances généralement évoquées lorsque l’on parle de l’Afrique de demain : forte urbanisation, progression des IDE en direction du continent, etc. Cependant, il faut reconnaître que la réflexion menée garde tout de même une forte pertinence.
La fulgurance de la richesse créée
![]()
Commentons les chiffres du tableau. On constate que la part de l’Afrique dans le PIB mondial va passer de 4.2% à 10.4%. Autrement dit, en passant de 2712 milliards PPA de 2005 à 19287 en 40 ans, l’Afrique augmentera de manière significative son poids dans l’économie mondiale. D’ailleurs, selon le COE-REXECODE, « le PIB total africain va se rapprocher des PIB des régions développées. Par exemple, le PIB de l’Europe à 27 vaut 13 636 milliards dollars PPA 2005 à l’heure actuelle et s’élèverait à 21 911 en 2050, talonné par le PIB africain à 19 286 (contre seulement 2 711 actuellement). De même, le PIB africain passerait de 20 % à 80 % du PIB des États-Unis. ». Les rédacteurs ajoutent ceci : «« Le PIB africain dépasserait le PIB des pays de l’Est (Russie incluse) en 2033, puis celui des pays latino-américains en 2039 ».
Nous serions donc en train d’entrer dans une dynamique nouvelle. Mais il faut tout de même relativiser cela. N’oublions pas que l’Afrique sera passée à 2,2 milliards d’hommes et pourtant nous ne ferions que 80% du PIB de quelques centaines de millions d’Américains. D'ailleurs, le PIB/hab dans notre région sera de 8800 $ contre une moyenne mondiale 22 286 $.
L’avantage démographique
En 2010, l’âge médian en Afrique était de 19,7 ans et il passera à 26,4 ans en 2050. C’est sans doute un de nos plus solides avantages. L’Afrique est jeune et le restera très longtemps. Il faut y voir que le nombre de retraités et de personnes âgées souffrant de maladies sera moindre qu’ailleurs dans le monde. Par-dessus tout, il convient de se féliciter du fait que le continent sera positionné pour fournir à la planète, l’énergie, la force de travail dont elle aura besoin pour continuer de prospérer. Au surplus, il faut mesurer – j’exagère sans doute – que sur pratiquement tout le 21e siècle, l’Afrique aura en permanence une armée de travailleurs, un capital humain, qui, bien utilisé (et donc, au préalable bien formé), pourra contribuer à son développement. D’ailleurs, il est signalé dans le document que : « Avec l’Inde, dont la population âgée de 15 à 64 ans augmenterait de 353 millions : +45 %, le continent africain serait sur la planète le principal pourvoyeur d’actifs disponibles pour le travail. »
Les questions essentielles
Naturellement, ce sont des pronostics bâtis sur un certain nombre d’hypothèses ; ils n’annoncent donc pas LA vérité. Plusieurs facteurs dépendront des Africains, on le voit bien avec la Côte d’Ivoire par exemple. La crise postélectorale entraînera un recul du PIB en 2011. A contrario, si les Africains mettent rapidement les réformes nécessaires, s’ils font preuve de génie comme avec la création de M-PESA (transactions monétaires par mobile) au Kenya, alors le pari pourrait être tenu plus tôt et mieux d’ailleurs.
Mais au-delà de tout, cette étude a soulevé chez moi plusieurs questions, qui, me semble-t-il, devraient interpeller les leaders et futurs decision makers du continent :
• Le Nigéria, qui dispose des premières réserves pétrolières africaines, comptera 390 millions en 2050, il sera la première puissance continentale. Comment se comportera-t-il, notamment vis-à-vis de l’Afrique du Sud, s’il n’est pas choisi pour représenter l’Afrique au Conseil de Sécurité ?
• Plusieurs spécialistes associent l’émergence de l’Inde à plusieurs facteurs dont les tests nucléaires effectués en 1998. L’Afrique disposera-t-elle de deux ou trois pays disposant du feu nucléaire ?
• À la suite de la génération des indépendances, qu’offrira la génération TV à celle d’Internet ? Les gens de 1960-1980 sauront-ils aider les enfants de l’an 2000 à diriger une Afrique qui sera la jeunesse du monde, une Afrique dont la force de travail sera une des clés de la prospérité planétaire?























