Serge Tchaha - La Banque Africaine de Développement (BAD) a, en avril dernier, commis un rapport baptisé « The Middle of the Pyramid : Dynamics of the Middle Class in Africa ».
La définition de Classe moyenne peut prendre plusieurs formes. C’est pourquoi il est à propos de souligner qu’au sens de l’étude, la classe moyenne se caractérise par les personnes ayant un pouvoir d’achat journalier compris entre 2 et 20$ (dollars de 2005) en Parité du Pouvoir d’Achat. La Banque Africaine de Développement évalue que ce sont 313 millions qui la constituent.
De ce grand amas, sont proposées 3 sous-catégories, à savoir :
- Classe moyenne vascillante – floating class – : Leur capacité de dépenser est comprise entre 2 et 4$. Il faut noter que pour certains, un pouvoir d’achat équivalent à 2$/jour correspond au niveau de pauvreté et que l’extrême pauvreté est située à 1$/jour. Les floating class sont donc à la limite de la pauvreté, ce sont des masses de populations qui peuvent facilement basculer dans la catégorie de la population qui est la plus fragile.
- Classe moyenne intermédiaire – lower-middle class – : Cette tranche de la population est capable de dépenser journalièrement entre 4 et 10$.
- Classe moyenne supérieure – upper-middle class – : La dernière catégorie a un potentiel d’achat encore plus grand puisqu’il est situé entre 10 et 20$/jour.
La BAD nous révèle que la première économie africaine, au sens du pourcentage de classe moyenne, est la Tunisie. En incluant les floating class, l’on atteint quelque 89.5% de la population. Les quatre suivants sont : Maroc (84.5%), Égypte (79.7%), Algérie (76.6%) et le Gabon (75.4%). Notons également que ce sont les Libéria (4.8%), Burundi (5.3%) et Rwanda (7.7%) qui comptent le plus faible nombre, en proportions, de classes moyennes.
L’importance de la classe moyenne
L’étude de la BAD est sans équivoque : il existe des études empiriques qui montrent que l’élargissement de la classe moyenne rime avec meilleure gouvernance, croissance économique et réduction de la pauvreté.
La réussite économique du Brésil est, outre la maîtrise de l’inflation et des déficits budgétaires, due, selon plusieurs experts, à l’élargissement de sa classe moyenne. Le Gouvernement Lula, notamment via le programme Bolsa Familia, a aidé les familles à améliorer leur pouvoir d’achat. Cela a permis d’octroyer à un plus grand nombre de Brésiliens le pouvoir de dépenser, donc de faire tourner l’activité économique.
Leur profil sociodémographique
L’étude donne plusieurs informations qui peuvent aider à dresser un très « général » profil sociodémographique des middle class africaines. Le voici :
- Styles de vie :
- Consommation effective de biens durables tels que : réfrigérateurs, téléphones et automobiles.
- Taille des familles. Ils tendent à avoir des familles plus petites que les « pauvres ». Ils investissent davantage dans l’alimentation et l’éducation de leurs enfants.
- Localisation. Les middle class habitent généralement en milieu urbain ou sur le long des côtes.
- Internet. Entre 2003 et 2009, l’on est passé de 0.1 souscription pour Internet par 1000 habitants à 4.1 souscriptions pour 1000 habitants. Les experts de la Banque estiment la classe moyenne a joué sa partition dans cette explosion de la demande.
- Véhicules. Même raisonnement que précédemment pour expliquer la tendance haussière constatée pour l’achat de véhicules.
- Accès à l’électricité. Pareil! La consommation d’électricité s’élevait à 170.1 millions Kwh en 1980 contre 513.8 millions en 2007.
- Emploi : La vaste majorité des classes moyennes tendent à avoir des emplois salariés ou à posséder leur propre TPE ou PME ( Très Petite ou Petite et Moyenne Entreprise).
La conclusion qui vient à l’esprit est simple : les gouvernants doivent favoriser l’émergence ou l’élargissement de la classe moyenne afin d’avoir des économies qui puissent puiser leur force de l’intérieur.
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