Stratégie et prospective : La CÉMAC a-t-elle besoin de la CÉEAC?

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Serge TchahaSerge Tchaha - La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CÉMAC) est un regroupement de six pays qui ont en commun le Franc CFA. Il faut ajouter que São Tomé et Principe y a un statut de membre observateur. L’équivalent en Afrique de l’Ouest, contrairement à ce que beaucoup pensent, est non pas la CÉDÉAO, mais l’UEMOA – Union Économique et Monétaire Ouest Africaine ­–. C’est une sorte d’héritage de la colonisation française. N’oublions pas le FCFA fut indexé au Franc français et aujourd’hui l’est sur l’euro.

Trois constatations se sont imposées à nous et nous ont poussé à réfléchir à la question suivante : La CÉMAC a-t-elle besoin de la CÉEAC?

Les voici :

1. La CÉMAC ne compte actuellement que quelque 40 millions d’habitants. Or, à l’UEMOA, on en dénombre plus de 100 millions (données agrégées à partir de l’Année stratégique 2010 de Pascal Boniface, 2009). Il faut cependant reconnaître qu’en termes de PIB, malgré cet écart dans la démographie, le PIB de la CÉMAC est tout à fait comparable à celui de l’UEMOA. On parle respectivement de près de 58 et de 62 milliards de dollars (données agrégées à partir de l’Année stratégique 2010 de Pascal Boniface, 2009).

2.  L’observation du monde tel qu’il est, conduit à réaliser que les géants économiques ont un marché de consommation d’une certaine taille : le Brésil (environ 200 millions), les États-Unis (environ 300 millions de personnes), l’UE (environ 500 millions), la Chine (environ 1,3 milliard). Cela permet non seulement d’avoir une armée de travailleurs importante, mais en plus, l’on peut compter sur sa population pour consommer et assurer une partie de sa croissance.

3. La CÉEAC – dont le traité fut signé en 1983 à Libreville – compte outre tous les pays de la CÉMAC l’Angola, le Burundi, la RDC et São Tomé et Principe. Faut-il rappeler que l’Angola est la 3e économie d’Afrique noire? Et que la RDC, en plus de ses multiples richesses souterraines, est un des plus grands pays d’Afrique tant en termes de population que de superficie. Il faut cependant avouer que la RDC connaît une situation sociopolitique très particulière.

Au total donc, la CÉMAC a évidemment un potentiel intéressant, mais un regard plus global de l’Afrique laisse penser qu’une CÉEAC plus active serait plus intéressante pour tous. Car au vrai, pourquoi se regroupe-t-on si ce n’est pour avoir une certaine taille démographique, un marché commun costaud, pour permettre aux entreprises de bénéficier d’économies d’échelle? Pourquoi se regrouper si ce n’est pour permettre aux acteurs économiques d’accroître leur mobilité dans des pays économiquement intéressants?

La CÉEAC présente un potentiel plus important

Pour notre part, dans son discours prononcé lors de la Conférence internationale de Yaoundé en mai 2010, le Président Ali BONGO ne s’était pas trompé en signalant que l’Afrique centrale telle qu’il la voit, va jusqu’en Angola.

Les chiffres sont là pour traduire la réalité de la CÉEAC :

 

  • L’Angola, avec à peu près la même population que le Cameroun, fait près de 3 fois le PIB de ce dernier. Alors que le Cameroun lui-même pèse près de 35% du PIB de la sous-région CÉMAC. Selon The World Factbook de la CIA (2010), l’Angola a eu, en 2009, un PIB estimé à 68, 76 milliards de dollars.
  • La CÉEAC nous fait passer d’un marché de 40 millions à un marché de près de 140 millions de consommateurs puisque la seule RDC compte un peu plus de 66 millions d’âmes.
  • Les entrepreneurs du Cameroun, du Gabon, du Tchad… auront donc accès à un marché trois fois plus grand.
  • Les investisseurs internationaux seront davantage intéressés par nos pays, car la mobilisation des ressources humaines et financières concernera 10 pays. Ainsi, en s’installant en Guinée Équatoriale ou en RCA, ils pourront simultanément avoir des vues sur le Congo et le Burundi, puisqu’il s’agit du même marché.

Sauf que…

 

  • Il est permis de se demander jusqu’à quel point cette intégration est possible puisque les 6 pays de la CÉMAC eux-mêmes n’avancent pas au rythme attendu ou souhaitable. Qu’en est-il des passeports CÉMAC? Au moment où l’UEMOA effectue des opérations pour promouvoir le tourisme régional, qu’en est-il des routes censées relier les pays de la CÉMAC?

Réunie à Bamako, la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA avait en effet décidé que :

« Les Chefs d’État et de gouvernement ont adopté un projet d’Acte additionnel portant institution d’une Politique commune du Tourisme au sein de l’UEMOA. Celle-ci vise à faire de l’espace communautaire, un marché régional intégré, attractif, accessible, offrant des produits touristiques diversifiés et compétitifs sur les marchés émetteurs.

La Conférence a instruit la Commission de procéder à la mise en œuvre diligente de cette politique, afin de faire de l’Union un pôle majeur de développement touristique en Afrique.

Les Chefs d’État et de gouvernement ont invité les États membres à appliquer la reconnaissance mutuelle de leurs visas respectifs, étape devant conduire à l’avènement d’un visa unique de l’UEMOA en 2011. » (Source : Communiqué final de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA, Bamako, 20 février 2010)

 

  • Il est permis de mentionner que plusieurs spécialistes ayant voix au chapitre, quelques pays de la CÉEAC sont davantage impliqués dans d’autres regroupements sous-régionaux. Cela peut poser un problème quant à la priorité que ces pays accordent ou accorderont à la CÉEAC.

Les pays de la CÉMAC ont d’excellentes raisons de penser qu’une redynamisation de la CÉEAC leur serait grandement bénéfique. Ils en ont sans doute conscience. Espérons simplement que le temps politique ne sera submergé pas le temps économique, car il est à craindre qu’une trop longue attente ne permette pas la CÉEAC de traduire tout son potentiel.

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