Le marché de la délocalisation des services, également appelée offshoring, connaît depuis le début de cette dernière décennie, une accélération de sa croissance. Selon la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) dans son rapport 2009 sur l’économie de l’information, cet essor des services délocalisés ne fait que commencer. Même si elle ne représente que 1% de ce marché mondial, l’Afrique tend à devenir un nouvel Eden.
Maintenance et assistance technique des outils informatiques, saisie de données comptables, Back office pour de grandes compagnies d’assurances, prise de rendez-vous médicaux, vente par téléphone : la délocalisation de services a de plus en plus la cote sur le continent africain. Estimé à près de 20 milliards de dollars en 2005 par IDC, groupe mondial de conseil et d’étude sur les marchés des technologies de l’information, le marché de la délocalisation des services a atteint 103,5 milliards de dollars en 2009, avec une progression annuelle de 10 à 15%. L’Afrique n’occupe que 1% de ce marché largement dominé par les pays d’Asie tels que l’Inde, la Chine, la Malaisie, la Thaïlande, et l’Indonésie, d’Europe centrale comme la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et l’Estonie et dans une moindre mesure, d’Amérique Latine. Cependant, selon l’édition 2009 du rapport Global Services Location Index publié en avril 2010, sept pays africains (l’Égypte, le Ghana, la Tunisie, le Maroc, le Sénégal, l’Afrique du Sud et l’île Maurice) figurent parmi les 50 meilleures destinations offshore au niveau mondial alors qu’en 2004, seul l’Afrique du Sud était présente sur cette liste.
Des conditions fiscales très attractives
Après la hausse des salaires dans les destinations traditionnelles d’offshore comme l’Europe centrale, beaucoup d’entreprises européennes à la recherche de pays à bas coûts, se sont dirigées vers le continent africain. Pour les entreprises françaises par exemple, désireuses de réduire leurs coûts, les pays d’Afrique représentent une solution pratique à leurs besoins d’externalisation, question de langue et de proximité. Elles n’hésitent plus ainsi à recourir à des sous-traitants locaux. Devenue une alternative intéressante, l’Afrique a donc largement profité de la perte de vitesse des pays tels que la Hongrie ou la Pologne qui ont vu leurs avantages compétitifs se réduire ces dernières années. La montée en flèche de l’Afrique s’explique également selon les experts par l’amélioration des infrastructures de télécommunications et de l’Internet dans certains pays et par une offre abondante en ce qui concerne les zones consacrées à l’offshore, en plus des conditions fiscales et d’accès foncier très attractives.
Le continent s’est également distingué par la qualité et la disponibilité de sa main-d’œuvre. Ainsi, l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, le Ghana et le Sénégal dépassent largement sur ce point des pays comme la Hongrie, la Slovaquie et l’Estonie. Il s’agit véritablement, pour ces pays africains, d’un atout de taille qui devrait leur permettre, selon les experts, de redessiner la carte mondiale de l’offshoring durant les prochaines années. Pour ceux-ci, la forte présence de cadres hautement qualifiés deviendra un critère prépondérant à l’avenir, notamment pour les firmes d’ingénierie pour qui le coût n’est plus le problème. Ces sociétés cherchent désormais à s’implanter dans des pays où elles ont la garantie de trouver des ingénieurs de qualité et en bon nombre.
Le Maghreb tient le haut du pavé
Les pays du Maghreb, notamment l’Égypte, le Maroc et la Tunisie tiennent le haut du pavé dans ce secteur, à la fois sur l’offshore informatique, l’externalisation de services et les centres d’appels. Ainsi, à Casablanca, capitale économique du royaume marocain, le parc de Casanearshore, avec ses 53 hectares et des coûts 30 à 50% inférieurs à l’Europe et Rabat Technopolis (une superficie globale de 300 hectares à terme) ou encore le parc technologique des télécommunications El Ghazala en Tunisie considéré comme l’un des plus développés du continent avec ses 65 hectares, font le plein. Ces grands parcs d’offshoring comptent parmi leurs clients des filiales des grands groupes comme Capgemini, Unilog, BNP Paribas, Axa, etc. Les centres d’appels, les entreprises de télé-services, de télémarketing, de télé-saisie, etc. se développent rapidement dans ces pays, offrant ainsi de nouvelles perspectives au monde des affaires.
Le Maroc, le Sénégal et la Tunisie seraient, selon certaines études comparatives, les pays les plus performants en matière de centres d’appels. Mais seul le Maroc sort réellement du lot en se positionnant comme le pays le plus attirant du continent africain, grâce notamment à ses 140 centres qui génèrent un chiffre d’affaires estimé à 3 milliards de dirhams soit environ 2,8 milliards de dollars et quelque 30 000 emplois dont 18 000 de téléopérateurs. Le call center de Dell à Casanearshore, par exemple, emploie 1800 Marocains qui travaillent dans les locaux flambant neufs. Ainsi, depuis Casablanca, ces employés gèrent, pour le fabricant américain d’ordinateurs, la vente et le service après-vente de toute l’Europe du Sud. Le nombre de télé-salariés marocains a été multiplié par dix ces quatre dernières années. Pas étonnant donc que ce pays figure en pole position sur le continent africain, devant l’Égypte, la Tunisie et l’Ile Maurice.
De même, en Tunisie, ces centres d’appels (130 à la fin de 2007) qui ne cessent pousser comme des petits pains, sont considérés parmi les plus importants pôles d’emploi. Et pour ce qui est de l’externalisation de services, le pays avec sa main-d’œuvre qualifiée, commence à être reconnu dans le développement de logiciels et autres solutions informatiques. Le parc El Ghazala accueille des entreprises comme Alcatel, Ericson, Bilog et Huawei Technologies.
Le Sénégal, leader en Afrique subsaharienne
Le Sénégal s’est développé ces dernières années plus que tout autre pays d’Afrique subsaharienne dans le domaine des télécommunications. Disposant d’un réseau téléphonique très dense relié à l’Europe par 2200 km de fibre optique depuis 2001, il veut se positionner comme le leader de la sous-région en matière d’offshoring. Le pays qui attire de plus en plus de centres d’appels français notamment (malgré les deux heures de décalage horaire), se montre très offensif. Ses téléopérateurs calquent, par exemple, leurs journées sur celles des Français afin de mieux répondre à la demande française. Le coût de la main-d’œuvre au Sénégal est par ailleurs moins élevé que dans le Maghreb. Le salaire moyen annuel d’un téléopérateur sénégalais est, selon une étude de l’Agence sénégalaise de promotion des investissements et grands travaux, de 308 euros par mois (435 dollars) contre 433 euros (612 dollars) pour un Tunisien et près de 458 euros (647 dollars) pour un Marocain. C’est ainsi que ce pays a fait un bond de 13 places en 2010 dans le classement établi annuellement des pays les plus attractifs dans le domaine des délocalisations des services informatiques (26e rang en 2009). Avec un taux de chômage de 40%, le Sénégal dispose également d’une main-d’œuvre nettement plus abondante que ses concurrents maghrébins (15% en Tunisie et 20% au Maroc). Enfin, grâce à la délocalisation des services, le pays de la Téranga a créé plus de 10 000 emplois directs pour un chiffre d’affaires de 25 milliards de francs CFA. Il tire ainsi son épingle du jeu grâce au développement de ce secteur en France qui privilégie les pays francophones et la proximité avec l’Europe.


























