Après les investisseurs et hommes d’affaires, c’est au tour de la population ivoirienne de manifester publiquement sa profonde inquiétude face à la hausse des prix des produits de première nécessité. Conséquence directe de la crise qui frappe le pays depuis l’annonce des résultats de l’élection présidentielle il y a près d’un mois.
En effet, pendant que le camp d’Alassane Dramane Ouattara qui, selon la Commission électorale indépendante, serait le vainqueur avec 54,1% des suffrages, et celui du président sortant Laurent Gbagbo s’affrontent (chacun revendiquant la victoire de ces élections), de nombreux Ivoiriens ont des difficultés à joindre les deux bouts. Beaucoup vont même jusqu’à réduire leur régime alimentaire à deux voire un repas par jour. La raison : la hausse des prix des denrées alimentaires de base comme le riz, l’huile et la farine.
En effet, le kilo de viande coûte aujourd’hui près de 5 dollars contre 2,80 dollars avant la crise, tandis que le prix du sac de riz est passé de 26 à 35 dollars et le kilo de sucre de 1,25 à 2,40 dollars tout comme la bouteille d’huile. Le combustible pour la cuisine revient également cher aux familles. Le prix de la bouteille de gaz de 12 litres enregistre ainsi une hausse de 4 dollars. Il en est de même avec le sac de charbon dont le prix a doublé. Par ailleurs, les chauffeurs de taxi reconnaissent avoir doublé les tarifs de la course, même s’il n’y a pas eu d’augmentation de prix de l’essence. Les commerciaux affirment de leur côté ne pas faire de profit sur le dos des clients et justifient leurs nouveaux tarifs sur les marchés par l’augmentation des prix des transporteurs.
C’est dans ce climat de tension permanente que des voix commencent à se faire entendre pour dénoncer la montée en flèche de ces prix à Abidjan, la capitale commerciale et dans beaucoup d’autres grandes villes du pays. Une flambée de prix qui touche essentiellement les familles les plus pauvres, une catégorie qui ne cesse d’augmenter depuis une vingtaine d’années à cause des crises sociopolitiques et militaires successives comme celle que le pays connaît actuellement. Ainsi en 2008, près de la moitié de la population ivoirienne (48,9%) vivait en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour contre un tiers en 2000, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI) de 2009 sur la Côte d’Ivoire. C’est donc là un véritable coup dur pour cette population au pouvoir d’achat déjà très faible.
D’autant plus que, dès le début de cette crise post-électorale, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, qui a par ailleurs fermé son bureau dans le pays et cessé de débourser des fonds depuis, ont exprimé dans une déclaration, leurs inquiétudes quant à son impact sur l’Ivoirien moyen. « La crise persistante en Côte d’Ivoire entraînera davantage de nombreux autres Ivoiriens dans la pauvreté et mettra à mal la stabilité et la prospérité économique dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest », ont-elles ainsi affirmé.


























