Les États-Unis ont annoncé récemment avoir ouvert sur demande d’un des plus grands syndicats américains, le Syndicat unifié de la métallurgie (USW), une enquête pour savoir si la Chine subventionne son secteur des énergies « vertes » et si les mesures prises en la matière ont ou non violé les règles et les règlements de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), instaurant ainsi une concurrence déloyale. Ce qui a évidemment provoqué la colère des Chinois qui ont aussitôt répliqué en les accusant à leur tour de largement subventionner ce secteur en finançant 2300 programmes auxquels ils ont accordé 4,6 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2010, dont trois milliards pour l’énergie éolienne.
Ce nouveau bras de fer entre Pékin et Washington pose une fois de plus le débat qui fait souvent l’objet de polémique, celui des subventions des pays riches à leurs différentes industries. Les États-Unis, aujourd’hui en position « d’accusateur », ont souvent été dans la position inverse, notamment en ce qui concerne l’industrie du coton. En effet, au cours de ces dernières années, les pays les plus pauvres et les ONG n’ont cessé de dénoncer le recours systématique et continu des États-Unis et de l’Union européenne aux subventions massives pour aider leurs fermiers producteurs de coton. Une pratique qui maintient les producteurs de ces pays du Tiers-Monde, notamment africains, dans la misère à cause de leur impact sur les prix du marché mondial. Les subventions ainsi versées aux producteurs américains et européens permettent à ces derniers de vendre leur produit à un prix très compétitif, ce qui fausse la donne vis-à-vis des autres producteurs des pays moins riches qui, eux, ne bénéficient pas de subventions gouvernementales.
Tous les ans, 2500 grands fermiers américains se partagent, selon l’ONG anglaise Oxfam, 5 milliards de dollars offerts par l’État. D’ailleurs, les États-Unis ont été perdants dans un conflit les opposant au Brésil à l’OMC dans ce domaine en 2005. L’organe de règlement de différends avait alors ordonné aux Américains de réduire leurs subventions, considérant que celles-ci avaient des effets de distorsion des échanges. Et le Département américain de l’agriculture avait dû réformer en partie ses programmes de crédit à l’exportation pour se conformer à la décision de l’OMC.
Les États-Unis ont agi de même pour d’autres produits de base tels que le riz et le maïs en versant, par exemple, toujours selon Oxfam, 25 milliards de dollars aux producteurs de maïs durant les cinq premières années de cette décennie, pour une récolte qui autrement aurait perdu 20 milliards de dollars au cours de la même période. Ces subventions ont fait chuter les prix mondiaux et causé des pertes allant jusqu’à 4 milliards de dollars à des pays tels que l’Afrique du sud, l’Argentine et le Paraguay. De leur côté, les producteurs de riz américains reçoivent des subventions d’un montant d’un milliard de dollars par an, soit la valeur totale de la récolte nationale.
Par ailleurs, suite à la plainte de 2004 de l’Union européenne (UE), les États-Unis viennent d’être condamnés (septembre 2010) par l’OMC pour ses « subventions massives » accordées au constructeur aéronautique Boeing au détriment de son concurrent européen Airbus (filiale d’EADS). Suite à cette condamnation, des élus représentant des régions où Boeing est implanté, ont publié un communiqué affirmant qu’aucune « des prétendues subventions à Boeing ne produisent l’impact sur le marché qu’a pu avoir l’aide de l’Union européenne fournie à Airbus », que « Cette affaire États-Unis contre Union européenne est tout simplement une tentative par les gouvernements européens de détourner l’attention de leur cinq milliards de dollars de subventions illégales données à Airbus pour le lancement de l’A330-A340 ». En juin dernier, l’UE avait effectivement été condamnée par l’OMC pour avoir agi de même avec Airbus.
Comme on le voit, les pays riches se rejettent mutuellement les responsabilités dès lors qu’il est question de subventions gouvernementales. Au lieu de s’ériger en donneurs de leçon de « déontologie commerciale », ne devraient-ils donc pas elon l’expression populaire, commencer par « balayer devant leur porte » s?


























