Richard Branson, président de Virgin Group (finances, télécoms, tourisme spatial), vient de lancer via Virgin Unite, la branche philanthropique de sa société, Enterprise Zimbabwe, un fonds d’investissement destiné à rassurer et orienter les investisseurs et donateurs privés désireux d’investir vers les secteurs porteurs au Zimbabwe.
Le milliardaire britannique a profité de la présence de nombreux philanthropes au sommet de la « Clinton Global Initiative », fondation de l’ex-président américain Bill Clinton, le 22 septembre dernier à New-York, pour présenter son projet. Soutenu par l’épouse de Pierre Omidyar, créateur de eBay et les fondations Nduna et Humanity United déjà présentes dans la lutte contre la pauvreté au Zimbabwe, Richard Branson souhaite ainsi, grâce à Entreprises Zimbabwe, faciliter le financement des PME et les initiatives de développement social, afin de réduire la pauvreté et stimuler la croissance économique dans ce pays d’Afrique australe en encourageant le retour des investissements. Selon l’homme d’affaires présenté par le dernier classement Forbes (mars 2010) comme l’une des personnes les plus riches du monde avec une fortune estimée à 4 milliards de dollars, l’environnement économique dans le pays de Robert Mugabe s’améliore, tout comme la situation politique.
Il serait donc temps que les investisseurs y fassent leur retour, car comme il l’a signalé au magazine américain Newsweek, « on peut gagner de l’argent au Zimbabwe et je pense même pas mal d’argent. Les Chinois sont en train d’investir. Ils ne le font pas pour des raisons philanthropiques. Ils pensent qu’ils peuvent gagner de l’argent en investissant (…) Y investir ne coûte pas cher pour le moment ». Ainsi, a-t-il ajouté, « de tous les pays africains, le Zimbabwe a la plus grande chance d’être sur la voie du développement, il a juste besoin d’un petit coup de pouce ». Richard Branson, présent en Afrique dans le domaine du transport aérien via Virgin Airlines (au Nigeria, au Ghana, au Kenya et en Afrique du Sud), des finances, de la téléphonie mobile, des clubs de santé, etc., estime que ce continent est d’une manière générale, un bon endroit où investir.
Cependant, nombreux sont ceux qui se montrent sceptiques face à cette initiative tant le projet semble irréalisable du fait de la méfiance encore grande d’un bon nombre d’investisseurs étrangers face à ce pays embourbé dans une grave crise socio-économique depuis l’accélération de la réforme agraire au début des années 2000 et la redistribution des terres par le régime de Robert Mugabe. Le taux de chômage officiel avoisine les 90 % et 85 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Les Zimbabwéens sont également loin de partager l’enthousiasme de l’entrepreneur anglais. Ainsi, les partisans de la ZANU-Front patriotique, le parti du président Mugabe, contestent cette initiative perçue comme une tentative de recolonisation du Zimbabwe. De même, Tendai Midzi, journaliste et fils d’un membre influent de la ZANU-Front patriotique a affirmé dans un éditorial : « le Zimbabwe ne tolérera pas les vautours déguisés en anges », mettant ainsi en garde le milliardaire soupçonné de vouloir tirer profit des ressources minières du pays. « Le Zimbabwe n’a pas besoin d’investissements déguisés en œuvres philanthropiques » a-t-il poursuivi. Entreprises Zimbabwe se heurte, en outre, à la politique nationaliste de Robert Mugabe, et sa « loi d’indigénisation » en particulier, qui impose aux grandes entreprises étrangères de transférer 51% du capital des entreprises étrangères à des Zimbabwéens de souche. Ainsi, dans un discours rapporté par l’AFP, le président zimbabwéen a une fois de plus défié les investisseurs étrangers, affirmant qu’ils devaient se plier aux règles du pays ou « rester en dehors », avant d’ajouter : « nos ressources sont à nous et ceux qui en veulent une part doivent obtenir notre autorisation (…) mais de la manière dont nous l'entendons ».
Vitraulle Mboungou


























