Invité par l’université de Montréal qui a voulu le récompenser pour « sa contribution exceptionnelle aux débats portant sur les enjeux mondiaux économiques et politiques de l’heure », le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce a indiqué à Montréal qu'il « s'interrogeait sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché qui est intrinsèquement injuste ».
Propulsé à la tête de l’organisme au sein duquel il accomplit un deuxième mandat, le socialiste français détonne. Son adhésion aux thèses keynésiennes ne l’ont pas empêché de se retrouver au sein de plusieurs sanctuaires de la grande finance mondiale dont le Board de l'Institute for East West Studies, que préside honorifiquement Georges Bush Père, ou encore le Bilderberg meeting, un laboratoire d'idées réunissant les chefs d'entreprises les plus influents de la planète.
Un paradoxe de moins en moins curieux puisqu’un autre socialiste français, Dominique Strauss Kahn, préside aux destinées du Fonds monétaire international. Avec le Banque mondiale, ces trois organismes sont réputés avoir mis en place des régulations qui pèsent lourdement sur les économies des pays dits pauvres.
En première ligne, le continent africain qui ne bénéficie pas vraiment des échanges commerciaux « globaux » et qui peine à pénétrer les marchés occidentaux. Tribunal aux nombreuses décisions contestées, l’Organisation mondiale du Commerce et son chef devraient moins analyser les mécanismes que faire appliquer leurs jugements. Cela d’autant plus que ce fervent défenseur et partisan de la mondialisation économique et financière sait ce qu’il en retourne réellement dans les échanges entre le « Nord » et le « Sud ».
On ne connaît que trop bien le protectionnisme déguisé pratiqué par certains pays développés sous des couverts multiples, dont les normes sanitaires ou sécuritaires. Cette injustice fait partie de celles dont M. Lamy devrait s’occuper sur un plan pratique car la science ne sert pas quand elle dessert, et son travail intellectuel devrait avoir un prolongement logique sur le terrain.
Avant de trouver des racines anthropologiques, ethnologiques et sociologiques pour expliquer la virulence de la crise économique, il faudrait peut-être d’abord inscrire dans le cadre législatif un certain nombre d’obligations, dont le respect des partenaires et des marchés. Il y aurait moins de ce qu’il appelle « stress des ressources humaines et naturelles » causé par le capitalisme de marché.


























