Dans la marche imposée de la mondialisation, les opérations d’achat ou de reprise de sociétés ont instauré une nouvelle dynamique, celle du transfert de propriété. Bien malin serait celui qui parviendrait à identifier les véritables détenteurs des titres des multinationales qui s’imposent de plus en plus sur le marché mondial.
Si l’Occident pouvait encore se prévaloir d’un certain nombre de possessions, l’arrivée massive des pays émergents a complètement bouleversé la donne. Les multimillionnaires asiatiques, sud-américains, africains ou de l’ex bloc de l’Est sont entrés dans la danse. Leurs acquisitions prennent-elles obligatoirement leurs origines ?
Rien n’est moins sûr d’autant plus que ces gens d’affaires détiennent aujourd’hui des citoyennetés croisées. On peut être d’origine indienne mais voyager avec un passeport britannique ou claironner ses racines africaines mais brandir un passeport de l’Union européenne à chaque passage frontalier.
Dans les faits, la nationalité d’une entreprise peut obéir à deux ordres : juridique et économique. Une base consensuelle qui permet de sortir de la confusion induite par le siège social des entreprises, les détenteurs de capital et la nationalité des dirigeants.
Du point de vue juridique, la nationalité d’une entreprise est l’endroit où elle est immatriculée puisqu’elle y est déclarée et paie impôts et taxes diverses. Économiquement, la situation est plus touffue mais a le mérite de se rapprocher de la véritable définition de la carte d’identité d’une entreprise.« La nationalité de l'entreprise dépend de là où se trouvent son siège social et l'essentiel de sa production », affirme l’économiste français Jean-Marc Siröen qui admet que plusieurs explications se croisent. « Mais en en règle générale, la nationalité des entreprises est celle à laquelle tout le monde pense. Les gens retiennent la présence physique de l'entreprise, c'est-à-dire, l’endroit où se trouvent les dirigeants, le centre de décision », précise-t-il.
Loin des arcanes juridico-économiques, les plus réalistes tranchent toutefois en disant que la nationalité des entreprises n’a plus de sens, car on parle de plus en plus de Firmes Transnationales (FTN), acteurs majeurs de la mondialisation.
Dans le rapport « Global 500 » portant sur l’année 2010, le magazine Fortune indiquait que les plus grandes FTN se retrouvaient dans la Triade, États-Unis (139), Union Européenne (161) et Japon (71). Des pôles de plus en plus concurrencés par la Chine qui abritait 46 Firmes transnationales en 2010.
En tête de ces Firmes Transnationales, on a l’Américaine Walmart Stores suivie de la Néerlandaise Royal Dutch Shell, d’une autre Américaine Exxon Mobil, de la Britannique BP et de la Japonaise Toyota. La nationalité de ces entreprises a été établie précisément à cause de leur siège social et de leurs principaux actionnaires.
Ce qui peut-être discutable parce qu’un son de cloche différent se fait entendre depuis quelques années au sein des centres de recherche sur la mondialisation. Par exemple, pour l’économiste américain Robert Reich, « les firmes américaines comme les produits américains sont désormais déconnectés des États-Unis. Nous continuons à les qualifier d'américaines parce que leurs états-majors mondiaux sont installés aux États-Unis, mais la dénationalisation des firmes multinationales, quel que soit leur pays d'origine, est avérée. »
Professeur émérite à Harvard, le même Robert Reich ajoute que « partout, les champions nationaux deviennent des réseaux mondiaux n'ayant pas de lien particulier avec une nation particulière. À mesure que les firmes américaines produisent ou achètent de plus en plus à l'étranger, et que les firmes appartenant à des étrangers produisent ou achètent aux États-Unis, les deux ensembles de réseaux mondiaux se ressemblent de plus en plus, indépendamment de leur nationalité officielle. »
Cette dichotomie, relevée par l’universitaire française Amandine Menain, qui s'établit entre l'identité des firmes multinationales et leur nationalité légale, vient également de la volonté qu'elles ont de maximiser leurs profits. Et cela ne date pas d’hier car déjà en 1806, Thomas Jefferson affirmait : « Les négociants n'ont pas de patrie. Ils sont moins attachés à l'endroit où ils vivent qu'à celui d'où ils tirent leurs profits ».
On conclurait alors comme Robert Reich que « le capitalisme américain est désormais implacablement organisé autour du profit, non de la patrie ». Cela vaut pour le capitalisme mondial dans son ensemble.



























