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Le Soudan gèle ses discussions avec Washington sur une levée des sanctions

Le Soudan a suspendu mercredi ses discussions avec les Etats-Unis sur la levée totale de l'embargo économique américain, après que Washington a prolongé de trois mois les dernières sanctions imposées depuis 20 ans au régime du président Omar el-Béchir.

Au risque de saper leurs efforts en vue d'une normalisation des relations difficiles américano-soudanaises, le président Donald Trump a prolongé mardi soir jusqu'au 12 octobre une période probatoire qui avait été décidée à l'origine pour six mois par son prédécesseur Barack Obama.

Dans les derniers jours de sa présidence, le 13 janvier dernier, M. Obama avait levé certaines sanctions frappant Khartoum depuis 1997, mais avec une période d'examen avant une éventuelle suppression complète de toutes ces mesures punitives.

Cette période s'achevait ce 12 juillet.

Le Soudan, qui avait nourri de grands espoirs quant à cette possible levée, a vivement réagi mercredi: le président Béchir a pris un décret "ordonnant la suspension du comité qui négociait avec les Etats-Unis", a annoncé l'agence de presse officielle Suna. Ce comité soudanais négociait depuis plus d'un an avec les Américains pour obtenir la levée totale des sanctions.

Interrogé simultanément à l'annonce du gel par le Soudan, de hauts responsables américains à Washington ont assuré que Etats-Unis tenaient à conserver "une relation positive" avec Khartoum. "Si à la fin des trois mois, qui est une prolongation relativement brève, on peut faire des progrès, alors (notre) intention est de lever les sanctions", a promis l'un d'eux.

- Regrets -

Il n'empêche que le chef de la diplomatie soudanaise Ibrahim Ghandour a dit "regretter" la décision de l'administration Trump "qui intervient après de longues négociations entre le Soudan et les Etats-Unis".

"Les Etats-Unis, l'Europe, l'Afrique et la communauté internationale admettent que le Soudan a tenu ses engagements (...), nous ne voyons aucune raison d'étendre la période probatoire", a-t-il protesté. Le ministre a dit toutefois "toujours espérer que les sanctions soient définitivement levées".

Pour ce faire, Khartoum doit répondre à une feuille de route en "cinq points".

Parmi eux, figurent la fin du soutien aux groupes rebelles au Soudan du Sud - pays né en juillet 2011, sous les auspices des Etats-Unis, de la partition du Soudan - la fin des hostilités dans les provinces du Darfour, du Nil-Bleu et du Kordofan-Sud et une coopération avec le renseignement américain contre le terrorisme.

Le département d'Etat américain avait reconnu mardi soir que "le gouvernement du Soudan avait fait des progrès importants dans beaucoup de secteurs" mais que Washington avait "besoin de plus de temps pour cette période probatoire".

Les sanctions économiques avaient été imposées en 1997 pour le soutien présumé de Khartoum à des groupes islamistes, dont le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, tué dans un raid américain au Pakistan en mai 2011.

Washington accusait aussi le Soudan d'avoir recours à la politique de la terre brûlée contre une minorité ethnique rebelle au Darfour, province de l'ouest, en proie à un conflit meurtrier depuis 2003. Cette guerre a fait plus de 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

- Génocide -

M. Béchir lui-même est poursuivi par la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, des accusations qu'il rejette.

Donald Trump avait jusqu'à mercredi trois choix à sa disposition: lever définitivement les sanctions, prolonger la période probatoire ou faire machine arrière en rétablissant complètement l'embargo.

Les Nations unies avaient dit espérer une "décision positive" en faisant état d'une "amélioration notable" dans l'accès humanitaire à des zones de conflit ces six derniers mois.

Même si les relations américano-soudanaises se sont sensiblement améliorées, le département d'Etat maintient Khartoum depuis 1993 sur sa liste noire des "Etats soutenant le terrorisme", au même titre que l'Iran et la Syrie.

Nombre d'ONG internationales restent hostiles à une levée totale des sanctions contre Khartoum.

L'américaine Enough Project a ainsi averti que "les Etats-Unis devaient soupeser les risques à sceller des accord et à renoncer à des moyens de pression avec des dictateurs comme Omar el-Béchir, dont le régime est un Etat soutenant le terrorisme et qui est lui-même recherché pour génocide et crimes contre l'humanité".



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