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Kenya: le pouvoir veut changer la loi électorale, l'opposition crie au scandale

L'opposition au Kenya s'est insurgée jeudi contre la volonté du parti au pouvoir de modifier en urgence la loi électorale en vue de la présidentielle du 26 octobre, organisée après l'annulation du précédent scrutin, et a appelé à des manifestations pacifiques.

La Cour suprême a invalidé le 1er septembre la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta avec 54,27% des voix contre 44,74% à l'opposant Raila Odinga, citant de nombreuses irrégularités dans la transmission des résultats et estimant que l'élection n'était "ni transparente, ni vérifiable".

M. Odinga a dénoncé devant la presse la procédure initiée par le parti au pouvoir, Jubilee, pour amender la loi électorale, la qualifiant d'attaque en règle contre la démocratie et la Constitution de l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est.

"J'appelle cette génération à résister à la tentative de nous ramener à l'époque de la dictature du parti unique", a déclaré M. Odinga, vétéran de la politique kényane âgé de 72 ans et ardent promoteur de la Constitution de 2010.

"Trop c'est trop (...) Nous appelons à des manifestations dans l'ensemble du pays, des manifestations pacifiques", a poursuivi M. Odinga, réitérant un précédent appel qui avait été peu suivi.

Quelque 300 de ses partisans s'étaient rassemblés lundi à Nairobi devant le siège de la Commission électorale (IEBC) pour réclamer la démission d'une partie de son personnel. Ils avaient été dispersés par la police à coups de gaz lacrymogènes.

Cette nouvelle dispute est une étape de plus dans le dialogue de sourd et la surenchère rhétorique entre parti au pouvoir et opposition, laquelle conditionne sa participation au nouveau scrutin à un remaniement en profondeur de l'IEBC et à l'octroi des contrats sur le matériel électoral et la composante électronique du scrutin à de nouveaux fournisseurs.

Le parti au pouvoir de M. Kenyatta, 55 ans, a enclenché jeudi un processus législatif accéléré pour amender la loi électorale afin d'en gommer les "lacunes", l'opposition estimant que ces modifications reviendraient à rendre légales "les irrégularités et illégalités" soulevées par la Cour suprême dans son jugement.

- Règles du jeu modifiées -

Le texte intitulé Loi électorale 2017, dont l'AFP s'est procuré une copie, prévoit que les résultats enregistrés manuellement priment sur ceux envoyés électroniquement, revenant de facto selon M. Odinga à restaurer un scrutin manuel.

L'introduction d'une composante électronique au processus électoral avait été décidée après le fiasco des élections de fin 2007 qui avaient débouché sur les pires violences politico-ethniques (1.100 morts) dans le pays depuis son indépendance en 1963.

De même, les amendements prévoient que le président de l'IEBC peut être remplacé en cas d'absence par son vice-président et que les procès-verbaux des bureaux de vote ne doivent pas nécessairement être uniformisés.

Or, a rappelé le sénateur de l'opposition James Orengo, "vous savez qu'un des contentieux (devant la Cour suprême), c'était des procès-verbaux falsifiés ou non réglementaires".

La Cour suprême elle-même s'était étonnée que de nombreux formulaires de résultats ne portent pas les marques de sécurité et numéros de série réglementaires.

La démarche du parti au pouvoir a conduit l'opposition à claquer la porte de discussions en cours avec l'IEBC en vue d'aplanir les différends entre les deux camps et de préparer l'élection présidentielle du 26 octobre.

"Le fait que les règles du jeu soient modifiées en cours de route est révélateur de l'arrogance de la coalition Jubilee", a dénoncé M. Orengo.

Des responsables religieux se sont exprimés publiquement pour condamner la démarche du parti au pouvoir.

"C'est une voie inacceptable car elle conduira à la mutilation de la Constitution et l'affaiblissement de nos institutions", a ainsi déclaré le chef de l'Eglise anglicane au Kenya, l'archevêque Jackson Ole Sapit.

De son côté, le président de la Commission électorale Wafula Chebukati n'a pu que constater l'échec de la réunion de conciliation, précisant toutefois que la commission continuait ses préparatifs.

"Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle loi", a-t-il ajouté, espérant que cette dernière, si elle était adoptée, n'aurait pas d'impact sur les préparatifs en cours.



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