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Afrique du Sud: l'ANC en pleine guerre des générations

Le remaniement ministériel ordonné par le président sud-africain Jacob Zuma révèle les fractures du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, écartelé entre sa vieille garde et une nouvelle génération parfois accusée de corruption et d'incompétence.

Promotion la plus spectaculaire de ce coup de balai, Malusi Gigaba, 45 ans, a succédé au poste de ministre des Finances à Pravin Gordhan, 67 ans, sa principale victime.

Jusque-là ministre de l'Intérieur, M. Gigaba est considéré comme un proche du chef de l'Etat. Ce qui lui vaut déjà des soupçons.

Le parti d'opposition des Combattants de la liberté économique (EFF, gauche radicale) lui reproche son "train de vie inexpliqué" et sa mauvaise gestion de la compagnie d'Etat South African Airlines (SAA) lorsqu'il était ministre des Entreprises publiques.

Son nouvel adjoint au Trésor, Sfiso Buthelezi, a lui été mis en cause dans un rapport officiel qui lui a reproché des irrégularités financières lorsqu'il dirigeait la compagnie ferroviaire nationale.

A l'inverse, Pravin Gordhan quitte le ministère des Finances au sommet de sa popularité, véritable "Monsieur Propre" et champion de la lutte contre la corruption.

"Zuma ne tient pas la comparaison avec les précédents chefs de l'ANC, il le sait et il y est très sensible", note l'analyste politique Mari Harris, d'Ipsos Afrique du Sud.

"Il a essayé de purger le gouvernement de ses opposants et d'y placer des personnes plus conciliantes", observe-t-il.

Ce remaniement est largement interprété comme une tentative présidentielle de verrouiller la direction du parti dans la perspective de la succession de Jacob Zuma. L'ANC doit lui choisir en décembre un successeur, qui deviendrait en 2019 chef de l'Etat en cas de victoire de l'ANC aux prochaines élections générales.

M. Zuma ne fait pas mystère de son soutien à son ex-femme Nkosazana Dlamini-Zuma, qui vient opportunément d'achever son mandat à la tête de la Commission de l'Union africaine (UA).
- 'Inacceptable' -

Avec l'espoir, une fois son mandat achevé, qu'elle le protège d'éventuelles poursuites dans les nombreux scandales de corruption où il est soupçonné.

Le remaniement gouvernemental a provoqué l'irritation du principal adversaire de l'ex Mme Zuma dans la course à la succession, le vice-président Cyril Ramaphosa.

Ancien proche de Nelson Mandela, ce dernier a publiquement jugé vendredi "inacceptable" le renvoi de Pravin Gordhan.

Sa sortie, rare, illustre le fossé grandissant séparant les figures historiques de l'ANC qui ont participé à la lutte contre l'apartheid et sa nouvelle génération de dirigeants.

Réunis mercredi pour honorer la mémoire d'un des leurs, Ahmed Kathrada, ces anciens ont transformé ses obsèques en manifestation anti-Zuma. L'ancien président Kgalema Mothlante a ainsi rappelé dans son éloge funèbre que le défunt était "très perturbé par la faillite politique post-apartheid".

La Ligue des jeunes de l'ANC a critiqué cette sortie et dénoncé une "démonstration politique démagogique". Vendredi, elle s'est même ostensiblement réjouie du remaniement, rappelant que "personne n'est au-dessus de l'ANC ni indispensable".

Malgré ces divergences, l'analyste Darias Jonker, du centre Eurasia Group, pronostique que le parti devrait éviter toute rupture significative jusqu'à la conférence où sera choisi son ou sa future président-e.

"Les graves divisions au sein de l'ANC ne provoqueront très probablement pas de scission formelle cette année, car les deux factions qui s'y opposent, le +nouvel ANC+ et le +vieil ANC+ ,vont d'abord se concentrer sur l'élection de décembre", juge-t-il.

Lui-même prédit que le "nouvel ANC" va garder le contrôle du parti mais il entrevoit un scrutin très difficile en 2019.

Le parti de Nelson Mandela a subit l'an dernier un revers historique aux élections locales en perdant des municipalités comme Johannesburg ou la capitale Pretoria.

Sur fond d'économie au ralenti et de frustration d'une population qui tarde à sentir les bénéfices de la chute de l'apartheid il y a 23 ans, les perspectives ne s'annoncent guère meilleures dans deux ans. "Le +nouvel ANC+ devrait voir son score passer sous la barre des 50%", prévoit M. Jonker. Ce serait une première depuis 1994.



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