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La piraterie somalienne de nouveau sur les radars

Le détournement contre rançon du tanker Aris 13 et de son équipage sri-lankais lundi par des pirates somaliens, première attaque réussie du genre dans la région depuis 2012, est à peine une surprise aux yeux de John Steed, responsable de l'Afrique de l'Est pour l'organisation de lutte contre la piraterie Oceans Beyond Piracy (OBP).

Car si la présence d'une armada internationale et les mesures mises en oeuvre par les armateurs avaient quasiment réduit à néant la piraterie somalienne, l'extrême pauvreté qui l'alimentait n'a jamais disparu et ses victimes potentielles ont baissé la garde. "La question n'était pas de savoir si une nouvelle attaque allait avoir lieu, mais quand", dit John Steed dans un entretien à l'AFP.

QUESTION: Le problème de la piraterie somalienne n'avait-il pas été résolu?

REPONSE: "La communauté internationale a tenté de résoudre le problème de la sécurité en mer, avec le renforcement de la présence des forces navales et la mise en oeuvre par les armateurs de +meilleures pratiques+ qui requièrent de signaler son entrée et sa sortie de la zone à risques, de naviguer à vitesse maximum et le plus loin possible de la côte, ou encore de voyager avec une escorte armée.

Des centaines de pirates ont été arrêtés, les autres ont été découragés, et on n'a plus connu de détournement de navire commercial pendant cinq ans.

Mais les problèmes qui n'ont pas été résolus sont ceux qui sont à l'origine de la piraterie, à savoir la pauvreté et le manque de ressources pour les pêcheurs somaliens, d'autant que la Somalie fait face à une sécheresse importante, donc il n'y a pas d'eau, pas de nourriture.

De nombreux navires étrangers, principalement d'Asie du sud-est, viennent par pêcher illégalement dans les eaux somaliennes, et n'hésitent pas à attaquer les navires de pêche locaux. Les pêcheurs somaliens estiment dès lors que ces navires étrangers viennent piller une des seules ressources à leur disposition et sont très frustrés.

Les gens sont désespérés. Il y a une accumulations de tensions sur la côte. Les pirates n'avaient pas disparu, certains s'étaient rangés, et certains faisaient d'autres choses, comme la contrebande d'armes. Mais lorsque l'opportunité s'est présentée de prendre un navire, ils l'ont saisie".

QUESTION: Les armateurs ont-ils fait preuve de relâchement?

REPONSE: "L'industrie a baissé sa garde après 5 ans. C'est humain, et les armateurs diront parfois à leurs capitaines de naviguer moins vite ou de prendre un raccourci qui va le rapprocher des côtes, car ça permet d'économiser du carburant et de l'argent. Parfois, c'est l'équipage lui-même qui insiste auprès du capitaine pour se rapprocher des côtes afin d'avoir du réseau téléphonique et communiquer avec leurs familles.

De la même manière, les forces navales et militaires sont appelées à d'autres endroits, comme la Méditerranée avec la crise des migrants. Après cinq ans sans la moindre attaque réussie, les ressources à la disposition des forces internationales de lutte contre la piraterie sont moins importantes qu'au plus fort de la crise de la piraterie.

Quant à l'Aris 13, il s'est lui-même rendu vulnérable. Il avait pris un raccourci qui l'a rapproché des côtes, il naviguait lentement, le pont principal était très proche de l'eau, ce qui rendait son accès facile, d'autant qu'il n'y avait à bord aucune escorte armée. Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'un incident se produise".

QUESTION: D'autres attaques sont-elles à craindre?

REPONSE: "Il est possible qu'il y ait des attaques similaires, qui s'inspirent de celle-ci. Car si elle est couronnée de succès, avec par exemple une rançon payée et les pirates qui s'en sortent, d'autres pirates pourraient être tentés.

Il est donc très important que, d'un côté, l'industrie maritime continue ou se remette à observer les bonnes pratiques, et que, de l'autre, des solutions soient trouvées aux problèmes des pêcheurs somaliens tentés par la piraterie. Il faut leur proposer une alternative".



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