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Les doutes sur la santé du président nigérian font craindre une crise politique

L'absence prolongée du président nigérian Muhammadu Buhari, en "repos médical" à Londres depuis plus d'un mois, suscite des doutes sur sa santé et alimente les craintes d'une crise politique au sein du pays le plus peuplé d'Afrique.

Agé de 74 ans, l'ancien général a quitté le Nigeria le 19 janvier, pour ce qui était à l'origine "ses congés annuels". Un séjour prolongé jusqu'à une date indéterminée, le président ayant "besoin d'une plus longue période de repos" suite à des tests médicaux, a indiqué mardi son porte-parole, Femi Adesina, assurant qu'il n'y avait "aucune raison de s'inquiéter".

En attendant, M. Buhari a transmis les rênes du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, chrétien et yoruba originaire de Lagos, la capitale économique.

Géant pétrolier de 190 millions d'habitants, le Nigeria est divisé entre un Nord musulman et un Sud chrétien. Le choix des représentants des grands partis politiques ne se fait pas au hasard et l'alternance entre les deux religions assure une certaine stabilité.

Lorsque le président est un chrétien du Sud, comme ce fût le cas lors de la précédente administration de Goodluck Jonathan, son vice-président est généralement un musulman, originaire du Nord.

Et vice-versa: le président actuel, musulman de l'ethnie peule, chef de file de l'APC (All People's Congress), a choisi pour vice-président Yemi Osinbajo, ancien pasteur évangélique et avocat en droit des affaires pour ne pas froisser l'électorat sudiste.

Ce "pacte" tacite a contribué à éviter les tensions, ou du moins les violences électorales, lors du dernier scrutin présidentiel en 2015.

Mais la santé fragile du président Buhari ravive le spectre du passé dans un climat national tendu, marqué par une grave récession économique.

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs sur son supposé "cancer de la prostate" ou sa "maladie du foie", toutes niées en bloc par la présidence, ont laissé la place à une interrogation qui trahit l'inquiétude grandissante des Nigérians: "Et si?"

Et si M. Buhari n'était plus capable d'assurer ses fonctions? S'il devait décéder, lui aussi, durant son mandat? Et si le Nord perdait une fois de plus le pouvoir au profit du Sud?

La Constitution est claire: si le président est dans l'incapacité d'assurer ses fonctions, que ce soit pour des raisons de santé ou un décès, le pouvoir revient au vice-président.

De fin 2009 à son décès en 2010, l'état de santé du président - musulman - Umaru Yar'Adua l'avait empêché d'assurer ses fonctions et laissé craindre une vacance du pouvoir, faute d'avoir formellement passé la main à son second Goodluck Jonathan.

Ce dernier n'avait finalement assuré officiellement l'interim que deux mois et demi après l'hospitalisation du président.

- 'Le nord ne se laissera pas faire' -

Pour le professeur Abubakar Sadiq, de l'Université Ahmadu Bello à Zaria (Nord), il y a toutefois "une grande différence entre ce qui s'est passé à l'époque de Yar'Adua et ce qui se passe aujourd'hui".

"Il y a eu une absence de leadership sous Yar'Adua parce qu'il n'a pas transmis le pouvoir à son numéro 2", explique-t-il à l'AFP. "Buhari, lui, a passé le relais à son adjoint. Il n'y a aucun risque que cet épisode affreux se répète".

Yemi Osinbajo, formé à la prestigieuse London School of Economics, bénéficie d'une réputation d'avocat sérieux et compétent, qui maitrise bien les dossiers économiques.

Depuis qu'il assure l'intérim, il multiplie les réunions ministérielles comme les voyages à l'étranger et en province, comme pour prouver qu'il est pleinement capable de gérer les affaires du pays en l'absence du chef.

Mais un tel scénario ne rassure pas les milieux diplomatiques et intellectuels nigérians. "Personne ne doute des compétences d'Osinbajo, le risque, c'est que les gens du Nord ne se laisseront pas faire", analyse une source diplomatique à Abuja.

Car beaucoup de musulmans s'étaient sentis "spoliés" après avoir été "privés" de leur tour de présidence au décès d'Umaru Yar'Adua, alors seul chef d'Etat musulman depuis l'avènement de la démocratie en 1999, auquel avait succédé Goodluck Jonathan.

"A l'heure où nous parlons les nordistes travaillent dans l'ombre, il y a beaucoup d'intrigues et de discussions" pour conserver le pouvoir, affirme à l'AFP l'influent éditorialiste nigérian, Fisayo Soyombo.

Les poids lourds du Nord "pourraient aussi chercher à négocier la suite", estime le journaliste: "Ils accepteraient de soutenir Osinbajo jusqu'à la fin du mandat actuel, à condition qu'il ne se présente pas aux prochaines élections", en 2019.



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