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Incertitude en RDC après la mort de l'opposant historique Tshisekedi

La République démocratique du Congo était plongée dans l'incertitude jeudi au lendemain de la mort de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, en pleines négociations politiques cruciales pour l'avenir du pays.

Pouvoir et opposition ont néanmoins mis de côté leurs différends pour saluer unanimement la mémoire du "père de la démocratie" congolaise.

L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), la parti de Tshisekedi, a convié la presse à son siège de Limete, quartier ouest de Kinshasa, pour une "communication officielle" en fin d'après-midi, qui pourrait révéler le programme retenu pour les obsèques.

Pendant toute la journée, les manifestations de tristesse de sympathisants se sont succédé au quartier-général du parti et dans le voisinage.

L'atmosphère de recueillement a néanmoins été troublée à plusieurs reprises par des montées de tension avec les forces de police déployées en nombre dans les alentours et des tentatives de pillages ou des actes de vandalisme commis par des jeunes d'un quartier déshérité voisin, selon plusieurs témoins.

Entre 15h00 et 15h20 (14h00 à 14h20 GMT), des affrontements ont opposé une trentaine d'adolescents caillassant des policiers antiémeutes qui ont fait usage à maintes reprises de gaz lacrymogènes pour les disperser, selon un journaliste de l'AFP.

Tshisekedi est très populaire à Kinshasa, où il avait obtenu 64% des voix à la présidentielle de 2011 face au président Joseph Kabila, sorti vainqueur de ce scrutin marqué par des fraudes massives.

Nombre de taxis individuels ou collectifs circulant dans la capitale arboraient des rameaux en signe de deuil.

Étienne Tshisekedi est mort mercredi après-midi à Bruxelles, huit jours après avoir quitté le Congo en pleines négociations sur la mise en place d'une transition politique destinée à sortir pacifiquement de la crise provoquée par le maintien au pouvoir de M. Kabila.

Le mandat de M. Kabila est échu depuis le 20 décembre, mais le chef de l'État reste à son poste en attendant la tenue d'une élection permettant de désigner son successeur.

Tshisekedi est entré en dissidence en 1979-1980 en dénonçant l'arbitraire du régime du dictateur Mobutu Sese Seko, dont il avait été l'un des piliers.

Il a ensuite incarné l'opposition au tombeur du "Léopard", le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, arrivé au pouvoir par les armes en 1997, puis à son fils Joseph, qui lui succèdera après son assassinat en 2001.

'Élections compromises'

Le "départ [de Tshisekedi] a pris tout le monde de cours", a déclaré à l'AFP André-Alain Atundu porte-parole de la Majorité présidentielle, saluant "un homme qui était entré dans l'histoire de son vivant pour son combat pour la démocratie depuis Mobutu".

"Nous venons de perdre l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de notre pays" qui "a consacré sa vie à œuvrer pacifiquement pour l'instauration de la démocratie et de l’État de droit", écrit dans un communiqué l'opposant Moïse Katumbi, ex-allié de M. Kabila aujourd'hui candidat à la présidentielle et qui s'était rapproché de Tshisekedi par le biais du "Rassemblement" de l'opposition constitué en juin autour de la figure du "Vieux Sage".

"Tshisekedi n'est pas mort car ses idées et son combat lui survivront", a jugé Vital Kamerhe, ex-opposant ayant rallié le pouvoir en octobre.

L'opposition et la majorité ont signé le 31 décembre un accord de cogestion du pays jusqu'à l'élection d'un successeur à M. Kabila, censée avoir lieu à la fin de l'année.

Mais plus d'un mois plus tard, les discussions sur les modalités pratiques de la mise en œuvre de cet accord, en particulier celles sur le partage des places au gouvernement, sont dans l'impasse.

Pays de plus de 71 millions d'habitants parmi les moins développés de la planète, la RDC, État continent au cœur de l'Afrique, a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003.

Le décès de Tshisekedi "arrive au plus mauvais moment pour la mise en place de la nouvelle transition", déclare à l'AFP Thierry Vircoulon, enseignant à Sciences-Po Paris. Sa mort va "relancer les négociations" et "les élections en décembre 2017 dont le calendrier n'était déjà pas très réaliste sont de plus en plus compromises".

À l'étranger, l'Union européenne a appelé tous les Congolais "à honorer la mémoire du défunt en mettant en œuvre l'accord de la Saint-Sylvestre". Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault a jugé "important [...] que les espoirs suscités par cet accord se concrétisent rapidement pour une transition démocratique à la fin de l'année 2017".



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