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L'ex-PDG d'ExxonMobil prend les rênes d'un département d'État en quasi rébellion

L'ex-PDG d'ExxonMobil Rex Tillerson a pris mercredi les rênes de la diplomatie américaine mais ce capitaine d'industrie proche du président russe Vladimir Poutine arrive dans un département d'État en quasi rébellion contre Donald Trump.

Ce Texan de 64 ans, dont 41 passés au sein du géant pétrolier américain, est dorénavant la voix et le visage de la première puissance mondiale à l'étranger après que le président Donald Trump, son vice-président Mike Pence et un vote du Sénat l'ont officiellement confirmé dans ses fonctions.

"Il a quitté un très bon boulot pour (faire) ça", a lancé Donald Trump lors d'une cérémonie de prestation de serment à la Maison Blanche, estimant qu'avec le 69e secrétaire d'État, "un homme respecté à travers le monde", les États-Unis "pourront parvenir à la paix et à la stabilité en cette époque très, très troublée".

"Je représenterai toujours et à tout moment les intérêts de l'ensemble du peuple américain", a promis Rex Tillerson, qui s'adressera jeudi aux cadres du département d'État et s'installera au 7e étage de ce gigantesque bâtiment surnommé "Foggy Bottom", dans le sud de Washington, à la tête du premier réseau diplomatique et consulaire de la planète et de ses 70 000 employés.

Donald Trump, un magnat de l'immobilier aux options de politique étrangère nationalistes et isolationnistes, ne connaissait pas Rex Tillerson avant que d'anciens ministres républicains - l'ex-chef du Pentagone Robert Gates et l'ancienne secrétaire d'État Condoleeza Rice - lui soufflent son nom en décembre.

Ce mari et père de quatre enfants, qui fut aussi président des scouts américains, est un ingénieur, entré tout jeune à ExxonMobil en 1975 avant d'en gravir tous les échelons jusqu'à en devenir le grand patron de 2006 au 31 décembre dernier.

Intelligence froide, carrure imposante, voix grave et visage impassible, ce novice complet en politique avait exposé mi-janvier, durant neuf heures d'audition au Sénat, sa vision de la politique étrangère de l'Amérique. De manière inattendue, il s'était démarqué des options diplomatiques de Donald Trump, qu'il s'agisse de la Russie, de la prolifération nucléaire ou du changement climatique.

Le 'danger' russe

Bien que proche du président Poutine qui l'avait décoré en 2012-2013 de l'ordre de l'Amitié pour les investissements d'Exxon dans le pétrole russe, Rex Tillerson avait accusé Moscou de représenter "un danger" pour l'Europe et l'Otan. Il avait asséné que les États-Unis et la Russie ne seraient "probablement jamais amis".

Des propos belliqueux qui tranchaient avec ceux laudateurs de Donald Trump qui n'a cessé de saluer "l'intelligence" du chef de l'État russe dont il veut se rapprocher.

À l'instar du nouveau président américain, son secrétaire d'État était en revanche resté évasif sur le maintien des sanctions antirusses prises à partir de 2014 par l'administration de Barack Obama en raison du conflit en Ukraine.

Lorsque Donald Trump avait choisi Rex Tillerson en décembre, des experts s'étaient aussi émus des conflits d'intérêts pour cet homme d'affaires promu chef de la diplomatie après quatre décennies de carrière chez le géant pétrolier présent dans 50 pays, dont la Russie, l'Arabie saoudite, l'Angola ou la Libye.

La multinationale, à la valorisation boursière de quelque 350 milliards de dollars, et son ancien patron ont assuré en janvier qu'ils avaient coupé tous leurs liens.

'Insurrection' bureaucratique

Mais en quittant ExxonMobil, Rex Tillerson entre dans un département d'Etat sous haute tension. Au bord même de l'"insurrection" bureaucratique, a confié à l'AFP un responsable.

Le ministère des Affaires étrangères, dirigé pendant quatre ans par John Kerry et passé le 20 janvier sous pavillon de l'administration Trump, est secoué par une fronde contre le 45e président des États-Unis.

Le département d'État a entre les mains depuis mardi, par un canal interne de communication dit "dissident", un mémorandum signé par "environ un millier" de diplomates et fonctionnaires contestataires, selon un responsable.

Leur texte s'insurge contre le décret intitulé "Protéger la nation contre l'entrée de terroristes étrangers aux États-Unis" que M. Trump a paraphé le 27 janvier et qui suspend l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays à majorité musulmane et de réfugiés.

Cette bronca au cœur de l'appareil d'État s'est également traduite par une lettre de protestation d'une centaine d'anciens responsables diplomatiques et militaires démocrates et républicains.

Parmi les frondeurs, Thomas Countryman, qui vient de quitter son poste de secrétaire d'État adjoint, a mis en garde l'administration Trump sur la télévision MSNBC : "Si vous ne faîtes pas confiance à vos fonctionnaires professionnels en matière de politique étrangère, vous finirez par faire de la diplomatie d'amateur".



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