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Éditorial

Le procès injuste de la diaspora africaine

En Afrique, après les indépendances, le paysage politique a été souvent marqué par la prédominance des partis uniques qui étaient loin d'être des modèles de démocratie. Sur le plan économique, la crise des années quatre-vingts n'a rien arrangé. Beaucoup de pays se sont retrouvés plus pauvres et plus endettés, incapables d'assurer le fonctionnement des services réguliers et de financer les infrastructures. Pour les populations, les conditions de vie sont devenues plus difficiles. Si l'on ajoute à ces problèmes, certains conflits armés qui engendrent une grande insécurité et les famines qui ravagent certaines régions, le tableau devient très vite sombre.

Face à cette situation, on observe généralement deux comportements. Il y a ceux qui restent et il y a ceux qui décident de partir. Y a-t-il un meilleur choix? En réalité, non, car les situations varient d'un individu à un autre et les raisons peuvent aussi être très différentes. Et pourtant, on constate que chacun de ces choix est parfois interprété de manière surprenante, tout dépendant du point de vue où l'on se place.

Ainsi, parmi ceux qui décident de rester, certains se considèrent comme de vrais patriotes. Ils ont choisi, disent-ils, de faire face à l'adversité et de se battre sur le terrain pour que les choses changent dans leur pays. C'est donc un choix qu'ils jugent courageux, qui exige beaucoup de sacrifices. À leurs yeux, ceux qui sont partis, sont des lâches et des " traîtres " à la patrie. C'est une façon de voir les choses qui est naturellement discutable. Ne pas partir n'est pas nécessairement signe de courage. On choisit parfois de rester, non par amour pour la patrie, mais parce qu'on a peur de l'aventure et de l'inconnu. Les raisons peuvent donc être très personnelles.

Ceux qui partent, le font d'ailleurs surtout pour des raisons personnelles. Ils fuient la misère, la guerre, la dictature. Ils espèrent trouver dans leur pays d'accueil une vie meilleure.Il y a là une forme d'égoïsme qui justifie en partie la critique qui leur est faite. Mais peu importe ce que le sort leur réserve, peu importe leur attachement à leur nouveau mode de vie, ils n'oublient jamais leur pays d'origine avec lequel ils gardent généralement un lien fort.

Alors, le procès qui leur est fait, est-il justifié? Sont-ils moins patriotes que les autres? De par leur statut d'expatriés, sont-ils des opposants politiques déguisés? Et travaillent-ils moins pour le développement de leur pays d'origine que les autres?

La contribution au développement des Africains, qui ont choisi de rester dans leur pays, est incontestable. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que ce sont eux qui tiennent le fort, cultivent la terre, éduquent et soignent les populations? Au risque de leur vie, ils défient quelquefois le pouvoir politique. Ils jouent un rôle central dans les changements qui se produisent dans leur pays. L'erreur qu'ils commettent malheureusement, c'est de croire qu'ils sont les seuls acteurs de ces changements. Par conséquent, l'apport de la diaspora est souvent soit méconnue soit sous-estimée.

Pourtant, depuis longtemps, les faits sont là pour prouver que ces fils de l'Afrique travaillent aussi fort à son développement. Ainsi, chaque jour des milliers d'Africains vivant à l'étranger font la queue dans des centres de transfert de fonds pour envoyer chez eux les quelques dollars qu'ils ont pu économiser. Une partie de ces sommes provenant des États-Unis, de l'Arabie Saoudite, de l'Allemagne, de la Belgique, de la Suisse et de la France - les principales sources des fonds envoyés aux pays en développement - est acheminée jusque dans les régions les plus reculées de l'Afrique.

S'élevant à 126 milliards de dollars en 2004, les envois de fonds constituent la deuxième source de devises étrangères des pays en développement. Cette même année, les flux d'investissements étrangers directs ont atteint 165 milliards de dollars et le montant total de l'aide publique au développement, 79 milliards de dollars. La Banque mondiale considère que ces transferts de fonds constituent une source de plus en plus importante de financement du développement, qui, dans certains pays, dépasse l'aide publique au développement.

Mais au-delà de cet important volume de transferts de fonds servant d'aide ou contribuant à divers investissements, les Africains de la diaspora effectuent, dans certains cas, un lobbying efficace dans leur patrie d'adoption pour la défense de la cause africaine. C'est par exemple sous leur pression que certains gouvernements occidentaux ont fini par lier l'aide à l'Afrique aux progrès démocratiques. De plus, la bataille des médicaments génériques et l'accès à la trithérapie dans le cas du SIDA ont bénéficié d'une campagne intense relayée par la diaspora.

Enfin, les Africains de l'étranger s'impliquent régulièrement dans la réalisation de nombreux projets en milieu rural en Afrique. On donne très souvent l'exemple du Mali, du Sénégal et du Nigéria dont les émigrés sont les plus actifs et ont contribué à la construction d'écoles et de centres de soins ou encore d'adduction d'eau et d'électricité.

Ayant pris la pleine mesure de l'importance du rôle de cette diaspora, plusieurs institutions internationales s'activent aujourd'hui à mobiliser cette expertise pour le renforcement des capacités scientifiques et technologiques en Afrique. Le bien-fondé de l'apport de " ceux qui sont partis " à la croissance et au progrès du continent, est ainsi reconnu au grand jour.

À la question donc : à partir de quelle position géographique sert-on mieux les intérêts de l'Afrique? La réponse est : c'est un faux débat. L'Afrique a besoin du soutien de tous ses "enfants" pour avancer. Qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur, ils mènent tous un même combat, celui de l'émergence de leur continent.



Gerba Malam




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