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Malgré la dégradation des notes souveraines sur le continent, l’Afrique attire davantage sur le marché des eurobonds

L’ensemble des pays africains ayant émis des obligations libellées en dollars, se trouve aujourd’hui tout au plus en catégorie spéculative. Pourtant, l’appétit du marché des eurobonds en ce qui concerne les titres de dettes africains ne se dément pas.

Selon un indice de la Standard Bank Group Ltd., le rendement moyen des eurobonds souverains émis par les économies africaines est tombé à 6,14% le 3 août, son niveau le plus bas depuis 2015, même après la décision de Moody's d’abaisser la note de la Namibie, passant le pays en dessous de la catégorie « investment grade », le 11 août dernier. Le 1er producteur mondial de diamants marins était, jusque-là, le seul émetteur d'obligations en dollars du continent portant une évaluation favorable.

En 2017, les obligations en devises étrangères du continent ont surpassé celles des marchés émergents, ce qui a permis aux investisseurs d'engager environ 9% de leur portefeuille sur la période contre 7,7% pour les pays en développement dans leur ensemble.

Selon de nombreux experts, l’attrait des obligations africaines sur les marchés internationaux, est plus motivé par des facteurs externes que domestiques. Les sorties africaines sont surtout favorisées par l’environnement de faibles taux d'intérêt qui prévaut dans la plupart des pays développés ; ce qui encourage les investisseurs à mettre de côté les problèmes qui entravent en général les économies du continent, notamment les pénuries de dollars et les tensions politiques croissantes.

Le Nigeria souffre d’une pénurie de dollars, l’Afrique du Sud, première économie en Afrique, d’incertitudes politiques. Le Mozambique et la République du Congo présentent des situations que Moody’s et S&P assimilent à des défauts de paiement bien que la croissance économique semble tenir mais dans une proportion moindre.

Toutefois, de façon globale, la situation politico-économique sur le continent semble évoluer par rapport aux années 80. La région «fait beaucoup mieux» par rapport à cette époque, selon un expert basé à Londres. De plus, la course aux titres africains ne semble pas être intimidée par le ratio d’endettement de la majorité des pays émetteurs.

Alors que l’endettement du Gabon a déjà atteint 61% et que le FMI et les agences de notation tirent la sonnette d’alarme, le pays a réussi sa sortie obligataire souscrite plus de 3 fois. L’Angola qui traverse une crise envisage de lever 2 milliards $ sur le marché et a déjà déposé sa mise sur la Banque russe VTB pour diriger le deal. En début d’année, l’Egypte endettée à plus de 90% de son PIB, annonçait les couleurs pour ce qui sonnait comme la première incursion africaine sur le marché international. Succès fulgurant dans un contexte économique fébrile où le pays arabe était condamné à faire des réformes profondes quoique jugées antisociales.

Pour certains experts, cet appétit occidental pour les titres africains résulte essentiellement de la théorie économique qui soutient la diversification des portefeuilles pour mieux maitriser les facteurs de risque. En effet, les obligations souveraines africaines ne représentent qu’une infime partie du portefeuille des investisseurs internationaux. Certaines sources avisées parlent de moins de 10%.

Les potentialités naturelles et les performances de certains pays du continent comme les pays de l’Est pourraient également expliquer cet attrait. Le léger redressement des prix des matières premières, principales sources de remboursement des services de la dette dans la plupart des pays concernés, reste un facteur prépondérant de cet engouement des investisseurs étrangers.

Cependant, à y regarder de près, les pays africains, bien que satisfaits et se félicitant d’avoir réussi leurs transactions, perdent de vue le taux d’intérêt qu’ils doivent servir. L’écart entre les taux demandés aux Africains et ceux que les émetteurs européens servent, reste assez large.



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