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L’humanitaire, un business très lucratif

Plus d'un million d'enfants sont menacés de malnutrition aiguë cette année en Somalie, pays au bord de la famine, et courent des risques très élevés de mourir, vient d’annoncer le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

« La projection du nombre d'enfants qui souffrent ou souffriront de malnutrition aiguë a augmenté de 50% depuis le début de l'année, à 1,4 million », a déclaré une porte-parole de l'Unicef, Marixie Mercado lors d'un point de presse. « Les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère courent des risques neuf fois plus élevés de mourir que les enfants bien nourris », a-t-elle précisé.

À l’origine de cette crise, une grave sécheresse qui a touché la Corne de l'Afrique et qui a déplacé plus de 615 000 personnes en Somalie depuis novembre 2016, alors que le pays comptait déjà quelque 1,1 million de déplacés, selon l'ONU. « La combinaison sécheresse, maladies et déplacements est mortelle pour les enfants, et nous avons besoin de faire beaucoup plus, et plus rapidement, pour sauver des vies », a affirmé le représentant de l'Unicef en Somalie, Steven Lauwerier.

C’est ce genre d’annonce qui explique que l’humanitaire fasse l'objet depuis quelques années, d'une course effrénée où la concurrence est très vive. Ainsi, le marché de l’action humanitaire s’est développé de manière exponentielle. Aujourd’hui plus que jamais, l’humanitaire est donc passé en mode business. Un business très lucratif sensé répondre aux besoins vitaux de 125 millions de personnes à travers le monde, dont près de la moitié sont des réfugiés et des migrants.

Rien de surprenant donc à ce que les acteurs du secteur privé lorgnent sur ce secteur devenu ainsi un marché en croissance. Des mastodontes comme LafargeHolcim et Nutriset, respectivement leader mondial de matériaux de construction et d'aliments contre la malnutrition, courent les salons professionnels, « bazars de l'humanité en crise » selon la formule du Journal Du Dimanche, à la recherche de contrats.

Les grandes ONG telles Oxfam, la Croix-Rouge ou encore Médecins Sans Frontières (MSF) se sont également professionnalisées et transformées en machines de guerre de l'urgence; même si beaucoup se réfugient encore derrière des discours militants et passéistes. De même, le rôle des fondations privées n’a cessé de croître. La force de frappe de ces nouveaux entrants est énorme. Dotée de 40 milliards de dollars, la fondation Bill et Melinda Gates par exemple, est devenue le premier bailleur de fonds de l’humanitaire.

Enfin, ce secteur, a vu ces dernières années, l’apparition du « volontourisme » international, une forme de vacances solidaires. Projects Abroad, l’une des plus grandes organisations de volontariat payant de la planète, envoie chaque année, plus de 10 000 bénévoles dans 27 « pays d’action » à travers le monde. Des bénévoles qui payent en moyenne un peu plus de 2000 dollars pour vivre une « expérience extrêmement gratifiante » de deux semaines dans un pays choisi (dépôt d’environ 300 dollars supplémentaire pour ce petit luxe). Le logement et la nourriture sont compris dans le forfait, mais pas le billet d’avion qui coûte entre 1500 et 2000 dollars pour un pays du Sud.

Pour de nombreux spécialistes, ces coûteuses vacances solidaires font plus de mal que de bien. « À leurs yeux, les bénévoles envoyés par milliers en Afrique, en Asie et en Amérique latine forment sans le savoir les rouages d’une machine non pas motivée par le bien-être des communautés locales mais d’abord et avant tout par le profit. Une machine de plus en plus grosse, qui est en train de pervertir la notion même du travail humanitaire à l’étranger », souligne La Presse.

Pour d’autres, l’industrie du tourisme s’est juste adapté à la demande de ses clients qui souhaitent sauver le monde alors qu’il n’y a pas si longtemps, ils se contentaient de le visiter. Et ce changement de cap semble être payant puisque c’est le secteur qui enregistre le plus fort potentiel de croissance de l’industrie. « C’est une niche très lucrative », a indiqué Mark Watson, directeur de l’organisme britannique Tourism Concern au journal québécois. Il évalue les marges de profit du « volontourisme » entre 30 et 40%, alors qu’elles ne sont que de 2 à 3 % dans l’industrie du tourisme traditionnel. En sommes, « tout le monde y gagne : l’agence de voyages, qui touche de juteux bénéfices, les clients, qui vivent une expérience personnelle enrichissante, et les pays hôtes, qui profitent du travail d’une armée de volontaires enthousiastes ».

Conséquence : le nombre d’orphelinats a littéralement explosé dans ces pays depuis plus d’une décennie. Le Cambodge par exemple, en compte désormais plus de 600, dont la plupart échappent à tout contrôle gouvernemental alors que le nombre d’orphelins, pourtant, diminue sans cesse depuis la fin du règne des khmers rouges, il y a 35 ans, souligne La Presse. Par ailleurs, une étude réalisée en 2011 par l’Unicef, intitulée Avec les meilleures intentions, a conclu que les orphelinats du pays sont peuplés d’enfants arrachés à leurs parents dans le but de soutirer des dons étrangers.



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