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Salaires – Bombardier, une saga aux multiples erreurs

La hausse de plus de 50% de la rémunération des hauts dirigeants de la canadienne Bombardier en dépit d’une année décevante pour l’entreprise a provoqué une grogne sans précédent au sein de la population québécoise et canadienne. Une saga aux multiples erreurs du côté de l’entreprise qui illustre parfaitement le fossé gigantesque qui existe entre ces cadres grassement payés et le monde dit «ordinaire».

Que les dirigeants d’une multinationale, qui plus est un fleuron de l’économie québéco-canadienne, gagnent des millions en salaire est quelque chose d’acquis et accepté par la société. Mais quand cette même entreprise reçoit près de 4 milliards de dollars de fonds publics en aides diverses, qu’elle supprime 14 500 emplois sur la planète et commence à peine à réussir à vendre son produit phare (la C Series), l’octroi d’une hausse salariale à ses dirigeants qui dépasse les 50% ne passe pas du tout. Bombardier vient de l’apprendre durement.

Journaliste spécialisé en économie à Radio-Canada et référence incontestée en la matière au sein de la population qui le lit et l’écoute, Gérald Fillion a parfaitement résumé la situation sur son blogue.

« L'affaire de la rémunération chez Bombardier illustre, de façon presque caricaturale, la déconnexion, la rupture, le fossé qui sépare le monde réel (dont vous et moi faisons partie) des élites et décideurs politiques et économiques qui semblent, dans certains cas, vivre dans une autre galaxie, un autre univers. Ce qui a été décidé dans le dossier des bonis chez Bombardier et ce qui se dit depuis, c'est très précisément ce genre de choses qui alimentent le cynisme, la colère, l'incompréhension dans la population, qui mènent aux discours racoleurs et populistes de certains politiciens, qui mènent aux extrêmes. »

Et combien gagnent les dirigeants de Bombardier ? Beaucoup d’argent, vraiment beaucoup d’argent. Jetez un œil :

Salaire des dirigeants de Bombardier en 2016 – (Hausse par rapport à 2015)

• Le président et chef de la direction : Alain Bellemare, 12,7 millions $ CA (48 %)
• Président exécutif du C.A. : Pierre Beaudoin – 5,1 millions $ CA (36 %)
• Chef de la direction financière : John Di Bert – 5 millions $ CA
• Président de la division des avions d’affaires : David Coleal – 5 millions $ CA
• Président de la division Bombardier Transport : Laurent Troger – 6,2 millions $CA
• Rémunération totale : 41,6 millions de dollars canadiens
Les incitatifs à long terme, qui constituent 50 % de la rémunération octroyée, seront versés en 2020 plutôt qu’en 2019 comme c’était initialement prévu.

Aussitôt la nouvelle révélée, la colère s’est emparée de la population, une grogne que personne chez Bombardier n’avait anticipée. Tentant de justifier pareille hausse salariale, la multinationale de l’aéronautique a évoqué l’atteinte d’objectifs en matière de résultats avant impôt, de liquidité et de réduction des coûts. Également, la nécessité d’offrir à ses dirigeants une rémunération qui soit compétitive à l’échelle internationale.

« Attirer des gens ici à notre siège social de Montréal, c’est fondamental pour nous, a justifié le PDG de Bombardier Alain Bellemare en entrevue à RDI. Quand on parle de compensation, il faut qu'elle soit compétitive, pas à l’échelle locale, mais à l’échelle mondiale. Ce qui est important pour nous, c’est d’avoir les outils pour attirer les meilleurs leaders à travers le monde, poursuit-il. On est capable avec ces outils-là de recruter les meilleurs parmi les meilleurs, de bâtir une équipe de première classe. Le rôle du conseil d’administration - qui le fait bien - est de s’assurer qu’il n’y ait pas d’abus dans les politiques de compensation. »

Grossière erreur

À regarder les résultats de l’entreprise qui a frôlé la faillite en 2015, on serait en droit de se demander si les «meilleurs» sont bien aux commandes. Mais là où ça blesse vraiment chez Bombardier, c’est que le scandale est d’autant plus décuplé en raison de l’injection massive de fonds publics dans l’entreprise, des sommes qui donnent l’impression au bon peuple que les dirigeants visés s’en mettent plein les poches avec les deniers chèrement payés des contribuables. Face à cette colère, le PDG de Bombardier a ensuite évoqué une opération ratée de communication. Une justification qui n’a convaincu personne.

« On s’est préoccupé d’une communication pour les actionnaires sans une communication à l’ensemble du Québec, a déploré M. Bellemare toujours sur les ondes de RDI. On vient d’apprendre une grande leçon : dans le futur, on va tenir les communications plus serrées. On aurait pu être plus sensible. On aurait dû voir venir, mieux comprendre. On a sous-estimé l’impact de la politique et le plan de compensation pour 2016. L’intervention du gouvernement du Québec dans la C Series a aussi changé la donne. Il y a eu une compréhension qu’on se payait de gros bonis tout de suite, alors qu’on est au début de notre plan de relance. Ce n’est pas le cas. Les bonis vont être payés en 2020, seulement si le plan de relance fonctionne. »

À Ottawa comme à Québec, les partis d’opposition ont fustigé le gouvernement, fédéral comme provincial, pour avoir ainsi signé un chèque en blanc à l’entreprise sans s’être préalablement assuré d’avoir un pouvoir décisionnel au sein de l’entreprise. Les commentaires se poursuivent depuis une semaine déjà et sont unanimes : rien ne peut justifier pareilles hausses de salaire et la direction devrait y renoncer illico. Le premier ministre québécois Philippe Couillard affirme ne pas vouloir s’immiscer dans la gestion d’une entreprise privée, ce qui serait selon lui un dangereux précédent. Soit ! Mais devant ce dilemme, nous laisserons le mot de la fin à Gérald Fillion qui résume parfaitement ce que tous les Québécois perçoivent aujourd’hui.

« Le scandale est multiplié par 100 chez Bombardier parce que les gouvernements du Québec et du Canada ainsi que la Caisse de dépôt et placement ont injecté 3,7 milliards de dollars canadiens dans l'entreprise. Si l’État n’avait jamais soutenu Bombardier, on argumenterait moins fort sur la rémunération des dirigeants de l'entreprise, mais on serait quand même en droit de s'interroger sur cette hausse de rémunération étant donné les emplois perdus et les pertes qui ont frôlé le milliard de dollars en 2016. [...] Rarement la déconnexion entre la population et des dirigeants n'aura été aussi flagrante. Malgré un appui massif du Québec pour soutenir la C Series et pousser le fédéral à injecter de l’argent dans l’entreprise, Bombardier se comporte comme une entreprise qui n’est pas concernée par ses intérêts et ses liens sociaux, économiques et politiques au Québec. »



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