Menu

 

AEM pub haut310816

 

AEM pub54

La fin des subventions agricoles: une victoire pour l'Afrique?

Au sortir de la 10e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le 19 décembre dernier à Nairobi, au Kenya, les avis étaient partagés. Si certains participants, au vu du manque de progrès enregistrés par rapport au cycle de Doha bloqué depuis 14 longues années, trouvaient que la rencontre avait été un échec, d'autres se réjouissaientdes résultats « historiques » quant aux subventions agricoles. Alors, victoire ou défaite? Demi-échec ou demi-victoire?

Depuis la Conférence de Doha au Qatar en 2001, l’OMC vise une profonde réforme du commerce international. Elle cherche en fait une réduction significative des barrières commerciales, la révision des règles régissant le commerce mondial, le tout devant comprendre des bénéfices particuliers pour les pays en développement. Intérêts divergents de ses 162 membres obligent, l’Organisation fait du surplace depuis une décennie et demie, aucun progrès n’ayant été enregistré à la veille même de cette Conférence de Nairobi qui devait être celle de la dernière chance.

L'un des principaux sujets de discorde entre les membres était jusque-là les subventions agricoles dont les pays en développement, et notamment les pays africains, demandaient la suppression depuis de nombreuses années. Déjà, en 2003, l'ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, reconnaissait le problème en présentant à Davos des chiffres suivants qui sont incontestablement scandaleux: alors que 50 milliards de dollars étaient versés en aide publique au développement, 350 autres milliards allaient aux subventions américaines et européennes sur les produits agricoles exportés (source: Médias France Intercontinents).

Ces subventions, qui créent un déséquilibre sur le marché international, frappent durement une multitude de produits agricoles africains, du blé au maïs, de la volaille au bœuf, sans oublier la farine, le coton ou le sucre. Concrètement, pourquoi une mère de famille africaine paierait-elle 2000 FCFA au marchand local pour un poulet, quand elle en obtient un congelé et apprêté pour la moitié du prix? Le choix est vite fait, et à terme, c’est toute la production locale qui finit par disparaître, car elle ne peut rivaliser avec les prix scandaleusement bas des produits importés.

On comprend mieux maintenant pourquoi le directeur général de l’OMC Roberto Azevêdo a déclaré, au terme de la conférence de Nairobi annonçant la fin des subventions agricoles, que c'est le « résultat le plus important obtenu en ce qui concerne l’agriculture » au cours des 20 années d’existence de l’Organisation. Le patron de l'OMC faisait en particulier référence à une disposition du « paquet de Nairobi » : l’engagement des membres des pays développés à supprimer immédiatement les subventions à l’exportation, sauf sur un petit nombre de produits agricoles, une échéance fixée à 2018 pour les pays en développement.

Voilà donc une bonne nouvelle. Les produits agricoles africains vont enfin redevenir compétitifs. Mais cela suffira-t-il? Car l'autre grande question qui demeure est: comment avoir accès aux marchés des pays développés hautement protégés par les normes techniques, sanitaires et phytosanitaires? À cet égard, la bataille commerciale qui a opposé il y a quelques années le Canada aux États-Unis, est édifiante.

En 2008, les États-Unis ont imposé au Canada un nouveau dispositif d’étiquetage exigeant l’inscription du pays d’origine des produits. Résultat, les exportations canadiennes de porcs de boucherie ont chuté de 58 %, alors que celles de bovins à viande ont encaissé un recul de 49 %. Le Canada a porté l'affaire devant l'OMC et a eu gain de cause en 2012. En fait, les barrières non tarifaires imposées par Washington étaient une forme de protectionnisme déguisée. C'est ce genre d'obstacle que les pays africains vont trouver sur leur chemin. Car s’il semble acquis qu’une puissance commerciale comme les États-Unis accepte l’abolition des subventions agricoles, rien ne garantit qu’elle ne trouvera pas d’autres moyens pour garder un avantage concurrentiel à l’échelle mondiale.

L’OMC et ses membres ont fait un pas important en matière d’agriculture à l’occasion de cette 10e Conférence ministérielle de Nairobi. Mais la véritable portée de ce pas ne se mesurera qu’à la lumière des résultats effectifs qu’il engendrera.

Gerba Malam

Titulaire d'un doctorat en communication (Ph.D.) de l'Université du Québec à Montréal en 1996, Monsieur GERBA MALAM est un professionnel de l’information. Major de sa promotion (1978) à l’École Supérieure Internationale de Journalisme de Yaoundé (ESIJY), il a travaillé comme journaliste pendant près de dix ans à la Radiodiffusion du Cameroun et occupé, entre autres, les postes de chef du Service des reportages et de Rédacteur en chef du journal parlé. Aujourd'hui, il est le directeur de publication de deux revues internationales des affaires, Afrique Expansion Magazine (en français) et Africa Trade Magazine (en anglais), publiées à Montréal et distribuées au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Afrique.



Retour en haut

AE ENTREPRISE

logo AE
Afrique Expansion Inc.

Créée en 1995, Afrique Expansion Inc. est une firme de consultants en communication et développement international dont la mission est de promouvoir les relations et les partenariats d’affaires entre les entreprises canadiennes et africaines.
Plus d'infos

AE MAGAZINE

  • logo AEM
    Afrique Expansion Magazine

    Depuis 12 ans, Afrique Expansion Magazine est une revue internationale des affaires qui fait la promotion des échanges commerciaux et des partenariats d’affaires entre l’Afrique et les Amériques... + Plus d'info...
    + Plus d'info...

FORUM AFRICA

  • logo forum new
    Forum Africa

    Rendez-vous d’affaires Organisé par Afrique Expansion Magazine. Il réunit des entrepreneurs, personnalités politiques et dirigeants d’organismes publics et privés...
    + Plus d'info...

CONTACT

  • Afrique Expansion Magazine est une publication du groupe Geramcommunications Inc.
    Tel: +1 (450) 902-0527
    Fax: +1 (514) 393-9024
    Email:
    Équipe
    facebookTwitterYoutubeLinkedin

×
Newsletter

Abonnez-vous à notre infolettre

* Obligatoire